vendredi, 30 juin 2006

Non à l'oligarchie dans la république des blogueurs!

La furie du classement vient de saisir Nicolas Voisin de Nues Blog, après et sans doute avant d'autres. Disons-le une bonne fois: que l'influence des blogs politiques fasse émerger des stratégies d'influence, que chacun veuille avoir des visiteurs en nombre et plus que le voisin si possible, très bien, c'est de jeu. Mais qu'on prétende sortir un classement est une absurdité.

D'une part, les critères disponibles ne permettent pas de faire un tel travail sérieusement. Voyons le cas des critères de pertinence de Nicolas Voisin:

a) il utilise les 25 premiers blogs cités par Google, ceux qui sont référencés par Technorati et cela revient à favoriser ceux qui se donnent le travail de construire leurs liens pour être dans les premiers chez Google, ou qui savent qu'existe Technorati et qu'il faut y être - bref les webmasters et autres spécialistes du blog ou ceux qui ont les moyens d'avoir un webmaster ou peuvent recevoir ces conseils puisque l'information est vraiment très loin d'être accessible à tous; on ne voit pas en quoi avoir des connaissances en informatique et plus d'information rendrait le blogueur plus pertinent en matière politique !

b) il considère la liste des blogs qui ont affiché sur leur page d'accueil la bannière de la République des blogueurs de versac: le catégorie de blogueurs intellectuels qui sont influencés de près ou de loin par lui et en tout cas qui le lisent, ou lisent quelqu'un qui le lit, est donc prioritairement concerné, et comme la réunion était parisienne et qui plus est en semaine, les habitants d'Île-de-France favorisés, ce qui n'est d'ailleurs pas politiquement neutre (la grande majorité des blogs PS étant en Île-de-France par exemple); et note les blogs selon les clics sur cette bannière, ce qui est encore davantage une manière de restreindre sa liste à ceux qui sont visités pas d'autres membres de ce clan versacien.

Ces critères sont fabriqués pour privilégier une certaine classe, un clan de la blogosphère, et il n'est pas surprenant de voir ensuite les conséquences: le classement met en valeur cette classe-là! J'estime Nicolas Vanbremeersch (versac) et son initiative de république des blogueurs (j'y étais, et en ai parlé ici) mais constater qu'il est numéro un dans un classement dont une des bases est la présence à la réunion organisée à son initiative est tout de même une supercherie artificielle qui ne peut pas lui rendre justice faute d'objectivité! Et ce n'est qu'un cas particulièrement évident.

Qui plus est, Nicolas Voisin lui-même éprouve le besoin de rétrograder un blog, d'en privilégier un autre, parce que les résultats ne correspondent pas à l'idée qu'il s'en fait... mais il faudrait vérifier pour tous les blogs la pertinence du classement, et l'on constaterait facilement qu'il ne signifie rien. Il reconnaît lui-même dans les commentaires que ce classement relève de "ronds dans l'eau", mais alors pourquoi avoir classé? Pourquoi pas seulement des grandes catégories de blogs au lieu d'un numéro un, un numéro deux, etc? Pourquoi faire un classement s'il n'a aucun sens de son propre aveu?

Cependant, ce n'est pas seulement en raison des critères disponibles qu'il y a absurdité à classer, mais aussi parce que la fonction première des blogs, que nous revendiquons (moi en tout cas), c'est précisément de nous sortir de l'écrasement par les structures fermées du monde du pouvoir (grande presse, grands partis...) et donc de nous rendre de la démocratie.

Cette revendication démocratique est-elle compatible avec des stratégies d'influence? oui, toute vie démocratique en comporte. Est-elle compatible avec la définition d'une oligarchie censée être plus pertinente que les autres? non. Il faut refuser fermement toute tentative de cet ordre qui privilégie une classe intellectuelle, sociale, une part de la blogosphère au détriment des autres, qui prétend dire ce qui est le mieux et écarter le reste avec mépris, et c'est encore une manière de retirer la parole à certains sous des dehors objectifs, de considérer le peuple militant comme moins "pertinent" dans le droit à la parole.

Comment prétendre rendre la parole à ceux auxquels on la prend si nous-mêmes, dans la blogosphère, ne proposons qu'une autre classe dominante au sein des blogueurs? Quelle cohérence politique?

Nous devons nous élever contre cette tentation, apparemment forte parmi certains blogueurs eux-mêmes, sans doute en raison de leur origine trop élitiste, à se considérer comme plus légitimes que d'autres à prendre la parole, plus blogueurs que d'autres pourrait-on dire, comme ailleurs dans la société nous nous élevons contre la confiscation de la parole par le pouvoir.

Qu'on nous classe par nombre de visiteurs, nombre de liens, etc, soit, c'est objectif et d'ailleurs utile, sans prétendre cependant en tirer de conséquences dépassant ce que permettent les prémisses comme le voudrait la tendance dominante chez les analystes. Pas, surtout pas avec une prétention qualitative, qui aurait pour seule conséquence de refermer sur un univers de liberté une structure hiérarchique.

Mais pourquoi veulent-ils tous nous classer? Justement parce que cette absence de hiérarchie, cette structure égalitaire d'internet dérange le monde politique et journalistique du pouvoir.

Cette structure égalitaire, gardons-la! Elle fait une bonne part de notre légitimité à prendre la parole ensemble, à nous identifier comme république des blogueurs. Soyons donc un peu rebelles face à l'oligarchie!

Commentaires

Tout à fait d'accord - même si je fais partie des bloggeurs intellectuels ! :)

Ecrit par : Pierre Guillery | vendredi, 30 juin 2006

Je suis une rebelle, la preuve je ne suis pas venue... bises

Ecrit par : chouchou | vendredi, 30 juin 2006

Merci pour les bises chouchou. Qu'elles te soient rendues au centuple ;-).

Ecrit par : Cratyle | vendredi, 30 juin 2006

Ceux à qui j'en veux, Pierre, ce sont ceux qui tentent de poser ce couvercle, et ça n'est pas ton cas!

Ecrit par : Cratyle | vendredi, 30 juin 2006

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