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vendredi, 30 mars 2007
Les partenaires des sondages Ipsos
J'ai essayé de comprendre comment fonctionnait le système de partenaires des sondages réalisés par l'institut Ipsos. L'on annonce sur le site le sondage Ipsos/Dell SFR-Le Point mais la liste des partenaires est bien plus longue: une télévision, une radio, un magazine, un distributeur d'actualités internet, une marque de mobiles ditributeur d'actualités, une agence de presse, un institut de sondage, un fabricant d'ordinateurs:
- i>Télé et SFR qui sont détenus majoritairement par Vivendi dont le président du directoire est Jean-Bernard Lévy, ancien directeur de cabinet de Gérard Longuet (UMP, proche de Nicolas Sarkozy et beau-frère de Vincent Bolloré, qui a plus d'importance qu'on ne le pense, comme homme d'influence discret), ancien directeur des satellites de communication de Lagardère;
- Europe 1, détenue par le groupe de médias de Lagardère, ami de Sarkozy, dirigée par Jean-Pierre Elkabbach, ouvertement pro-Sarkozy comme nombre de ses chroniqueurs, qui demande à Nicolas de le conseiller sur le choix de ses journalistes;
- Le Point, propriété de François Pinault, une des grandes fortunes françaises, ami de Nicolas Sarkozy, dirigé par Franz-Olivier Giesbert, ouvertement pro-Sarkozy ainsi que son journal, de droite et cire-pompes à un point tel que c'est parfois contre-productif d'ailleurs;
- l'AFP, propriété de l'Etat, et qui dépend donc du gouvernement; du coup tous les journaux français écrivent leurs articles d'après des sources discutables depuis que l'AFP n'est plus à peu près neutre; le président de l'AFP est Pierre Louette, ancien membre du cabinet d'Edouard Balladur quand il était premier ministre;
- Yahoo, en tant que distribution d'informations sur la Toile; Yahoo France est dirigée par Christophe Parcot, qui a pris du galon chez LVMH, de Bernard Arnault, ami de Nicolas Sarkozy;
- Ipsos enfin, qui possède parmi ses administrateurs Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet de Balladur, conseiller politique de Nicolas Sarkozy et directeur général du groupe de ce Bernard Arnault;
- et Dell, premier constructeur mondial d'ordinateurs (américain), mais apparemment sans lien avec la politique française.
Tout ça fait beaucoup. Bien sûr, ça ne prouve rien, et les théories du complot sont toujours trop simples pour être vraies. Bien sûr, cela ne prouve pas que quoi que ce soit est faussé dans ces sondages. Bien sûr, de toute façon les actionnaires sont presque tous sarkozystes aujourd'hui, de toute façon. Mais il est frappant de constater qu'il n'y a pas de diffuseur de gauche là-dedans pour chercher une certaine neutralité (du centre, de toute façon il n'y en a presque pas dans la presse française), pas de déontologie minimale.
Et surtout, si l'on ajoute l'orientation des dirigeants de tous ces groupes, et les pratiques constantes de mise au pas de la presse et des agences ces dernières années, de sélection des journalistes en fonction de leur orientation politique, de menaces envers la presse des sarkozystes à commencer par Nicolas lui-même, relayées par les rédactions en chef et les actionnaires, de l'autocensure qui dure, de tentatives tant de Sarkozy que des patrons cités d'établir des liens "mutuellement profitables" entre eux, pour l'aménagement ad hoc de la fiscalité de tel Pinault ou tel Vivendi, pour les cadeaux lors de la loi sur la TNT à Canal+ (groupe Vivendi) comme à TF1, ou les amendements Vivendi lors de la loi Dadvsi, les commandes d'état à Lagardère à qui le gouvernement a acheté la moitié de ses actions EADS avant qu'elles ne perdent la moitié de leur valeur, et tout le reste, on commence à se poser des questions. Je n'ai rien contre Ipsos, et l'on pourrait faire le même travail avec les autres, mais...
Il n'est même pas nécessaire que l'on demande quoi que ce soit à Ipsos. Simplement, celui-ci sait en bonne entreprise privée que le sondage servi n'a pas pour priorité d'être scientifiquement établi mais de satisfaire le client, et que le client n'est pas le public, mais celui qui le paie. Il y a dès lors autocensure et tripatouillage des données dans le "bon" sens, celui qui plaira; c'est d'autant plus facile que le système des sondages en France laisse aux sondeurs une marge de redressement au pifomètre énorme sans critère scientifique sérieux. On adapte en fonction de l'air du temps et surtout du client. Sinon, on risquerait de perdre des commandes. Ne vous inquiétez pas, ô consommateur de sondages: on trouve toujours une explication à vous fournir après avoir choisi les chiffres, et l'on fera comme si l'on commentait les chiffres avec componction, alors que les chiffres sont choisis d'après les résultats que l'on veut afficher et l'explication qui permet de justifier ces résultats, on la trouve toujours ensuite d'autant plus facilement que les méthodes de redressement restent secrètes et les résultats bruts aussi (sans quoi les sondeurs se feraient lyncher...).
01:57 Publié dans Sondage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sondage, politique, présidentielle, Sarkozy, Ipsos




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