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samedi, 28 avril 2007

Les enjeux du débat

Les enjeux du débat Bayrou-Royal sont importants pour les trois candidats concernés. Sarkozy aussi est directement concerné bien sûr, et les pressions sur les journalistes toute la semaine en sont la preuve: ce débat ne l'arrange évidemment pas, que Bayrou reste sur le devant de la scène l'arrange encore moins, et cela aura des conséquences sur les législatives que ce maintien d'une présence de trois candidats médiatiques dans un tour où deux seulement concourent encore. 

S'il y a une preuve qu'apporte en effet la situation inédite, c'est bien que le jeu est tripartite et non bipartite, qu'il n'y a plus deux camps. Un Bayrou à 18,5% sans consigne de vote qui refuse de se ranger derrière l'un des deux autres candidats et continue à développer ses différences avec les deux camps constitue immédiatement un troisième camp indépendant des deux autres et fait la preuve de cette indépendance qu'on lui a dénié pendant toute la campagne de premier tour.

Le discours relayé systématiquement par les militants et les élus sarkozystes sur le débat Bayrou-Royal est tout simplement insupportable. Pour résumer: ceux qui ont perdu au premier tour n'ont qu'à la fermer. Une première réponse immédiate: ils ne croient quand même pas que nous allons nous taire parce que ça les arrange?? Qu'est-ce que c'est que cette manière d'ailleurs contreproductive pour eux de vouloir faire taire les autres? Il faudra bien apprendre à vivre à plus de deux camps.

Bien sûr, en théorie, le PS n'a pas plus que l'UMP intérêt à laisser l'UDF s'immiscer dans leur duo, et l'on a vu au premier tour que le PS tout autant que l'UMP avait intérêt à nous écrabouiller, que les deux gros partis avaient une alliance implicite contre nous. Accuser l'un de nuire à la démocratie en refusant un débat et féliciter l'autre de le proposer serait oublier les attitudes d'avant-22 avril, largement méprisantes dans les deux camps, systématiquement opposées à tout dialogue dans les deux camps. Le discours de Royal et celui de Sarkozy se valent de ce point de vue, et Royal n'est pas devenue subitement gentille pour les centristes le 22 avril au soir, elle est simplement consciente du rapport de force avec une gauche historiquement basse qui ne peut gagner qu'avec un report massif des voix centristes. 

D'ailleurs, soyons franc: il est logique que le PS et l'UMP veuillent nous nuire, car nous nous attaquons à leur électorat en voulant recruter parmi l'électorat de centre droit de l'UMP fâché par le sarkozysme d'une part, l'électorat de centre gauche du PS et de ses satellites, essentiellement social-démocrate, déçu de l'archaïsme des élus et de l'appareil, d'autre part. Dans ce jeu à trois, il y aura probablement un mort d'ici 5 ans, et personne ne veut l'être. Pour l'instant, le PS tient la corde.

Et cependant il y a eu un débat Bayrou-Royal, poli, instructif, intéressant. Pourquoi si le PS et l'UDF (ou la future Alliance Démocrate) s'en veulent tant? Simplement parce que Bayrou et Royal y ont intérêt tous deux. Royal a besoin d'alliés et n'en a plus à gauche (36% seulement pour la gauche en tout, et encore faudrait-il supposer que le report se fasse à 100% ce qui ne sera pas le cas); elle n'a pas le choix: il faut séduire les centristes et Bayrou si c'est possible, lui seul pouvant lui garantir par un appel clair le report massif dont elle a besoin. Elle est donc prête à promettre tout et n'importe quoi, trouver subitement dans son pacte présidentiel des mesures qui n'y étaient pas avant le 22 avril, comme avec un haut-de-forme d'illusionniste, proposer des ministères, envisager de donner des circonscriptions (on imagine la tête des socialistes obligés de se taire...) que d'ailleurs le PS perdrait systématiquement sans allié dans beaucoup de secteurs... Mais comme Bayrou n'est pas intéressé par une alliance, le PS est mal parti: tout au plus peut-il espérer qu'on l'aide à attaquer Sarkozy, mais sans complaisance envers le programme de Royal.

Et Bayrou? Lui d'une part assure la publicité nécessaire au lancement de son nouveau parti, l'Alliance Démocrate, prouve qu'il ne change pas de ligne après le 22 avril comme certains en doutaient, mais aussi qu'il est possible de dialoguer entre le centre et la gauche et que le clivage centre/gauche n'existe pas vraiment (ce que les socialistes s'acharnent à montrer en ce moment après l'avoir nié toute la campagne tout en expliquant que le centre n'est pas à droite comme ils l'ont dit pendant toute la campagne), ce qui sera un point définitivement acquis; d'autre part il prouve que ses solutions sont meilleures que celles de Royal auprès des sociaux-démocrates, le débat ayant été calme mais particulièrement meurtrier pour toutes les propositions démagogiques de celle-ci qui ne résistaient pas à l'examen, sans que Royal ait d'argument sérieux à opposer.

Mieux: quand il attaque Royal sur les petits drapeaux, le SMIC européen ou la dette, il joue sur du velours! Les sociaux-démocrates pensent comme lui, et ont toutes les chances d'être séduits pour... le lancement de l'Alliance Démocrate et les législatives. Il a même réussi à faire avouer à Royal que dans son pacte présidentiel, la mesure contre la possession de médias par les clients et fournisseurs de l'état était bien moins précise que la sienne (textuellement)... Les sociaux-démocrates sortent du débat séduits par Bayrou, rêvent de le voir premier ministre ou d'avoir au moins au pouvoir une alliance PS-UDF qui n'a bien sûr aucune chance de se réaliser comme Bayrou l'a dit explicitement lors de sa conférence de presse, tout simplement parce qu'il a trop de divergences avec le Pacte présidentiel et parce que les socialistes n'en voudraient pas plus que lui. Au mieux, Lang a fait allusion à l'ouverture de 1988 avec trois centristes sur des strapontins gouvernementaux, ce qui ne saurait convenir aujourd'hui avec une Alliance Démocrate à 18,5%: ce que l'Alliance Démocrate veut, c'est le premier rôle, pas un strapontin, sinon autant valait rester aux côtés de l'UMP.

On peut s'attendre à ce que François Bayrou continue à être là jusqu'aux législatives. Sarkozy n'a pas fini d'être agacé... et le PS inquiet.

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