mardi, 10 octobre 2006

Des logements pour les sans-abri à Paris

"zéro SDF en cinq ans" promettait Bayrou au Colloque contre l'Exclusion samedi dernier. Il expliquait que, si l'objectif est ambitieux, il est réalisable puisqu'il l'a fait dans les Pyrénées Atlantiques où 2 personnes seulement ont permis de récupérer 1000 logements en 5 ans, transformés en logements ultrasociaux. Bayrou donnait les clés de cette réussite: d'abord la chasse aux "recoins", anciennes maisons de garde-barrière, et autres, susceptibles d'être transformés en autant de logements; il expliquait qu'il vaut mieux éviter les normes, pour les logements ultra sociaux, qui empêchent d'utiliser les logements immédiatement disponibles; puis le conseil général réhabilitait les recoins, garantissant les loyers, et réglant les droits sociaux des personnes simultanément pour qu'il n'y ait pas d'impayés - et cette garantie n'a jamais été utilisée du coup, mais rassurait les propriétaires.

Je me suis dit qu'il devait être possible de faire de même dans le département de Paris, quoiqu'il n'y ait pas de maison de garde-barrière. Et j'ai cherché les types de recoins disponibles.

Il y en a un qui crève les yeux: les anciens appartements des concierges dans les immeubles anciens. La plupart ne sont plus utilisés, mais existent encore; on y range des vélos ou des poussettes, quand ils ne servent pas de débarras. Ces appartements ont été abandonnés justement à cause de l'élévation des normes sociales: souvent trop petits, en tout cas insalubres faute de salle d'eau, et dès qu'ils étaient déclarés insalubres, les concierges partaient et les travaux n'étaient jamais faits, compte tenu du coût de la réhabilitation pour une vingtaine de copropriétaires au plus d'un immeuble. L'argument tombe si la réhabilitation est faite par le conseil général et cela donne au sans-abri un vrai appartement.

Ces appartements auraient un avantage immense: assurer la mixité sociale pour les sans-abri, au lieu de les confiner dans des "immeubles sociaux". La structure même des immeubles anciens appelait la mixité sociale, de la conciergerie aux chambres de bonne ou d'étudiant du sixième étage en passant par les beaux appartements du premier, et nombre d'entre eux ont gardé cette structure. Parmi d'autres habitants de l'immeuble, les anciens sans-abri pourraient trouver un soutien au quotidien, et pour s'installer bien sûr (meubles, vêtements, nourriture...), car on aide bien plus volontiers un voisin. Et ils vivraient parmi des gens qui travaillent, bougent, vivent, cela aide aussi de vivre parmi des personnes qui ne sont pas dans la mouïse. Ce serait une façon aussi pour chacun des habitants de se montrer solidaire, concrètement, en donnant à la solidarité un visage. Je pense que ce serait plus efficace de compter sur un petit groupe d'habitants que seulement sur l'état pour l'insertion, comme le dit d'ailleurs François Bayrou, et dans un immeuble on appartient naturellement à un ensemble: ce serait une occasion de retisser du lien social, de réinsérer le sans-abri dans un petit groupe social.

Les sans-abri pourraient aussi retrouver, même s'ils ne trouvent pas d'autre emploi, cet emploi qui était dévolu au concierge autrefois, ménage, sortir et rentrer les poubelles, petit bricolage qui évite de faire venir une entreprise pour planter un clou, contrôle du bon état de l'immeuble, mais aussi emmener des enfants à l'école ou les garder au cas où les parents ne le peuvent pas, prendre ces colis de la poste qu'il faudrait sinon aller chercher en faisant une queue digne de l'Union Soviétique aux heures où l'on peut y aller, être là quand le syndic envoie un ouvrier qui a besoin de clés, et chacun trouvera facilement d'autres idées. L'avantage est que ce métier n'exige pas de se soumettre à la performance et au stress de productivité comme d'autres.

Dans notre société, le rôle du concierge n'a finalement jamais été remplacé; cela fait partie de ce que Bayrou appelle le "continent des emplois gelés". Les parents qui travaillent souvent tous deux apprécieraient d'être déchargés de nombre de tâches, cependant. Tous ces services lui assurerait, à l'ancien sans-abri, un emploi rémunéré, partie par le syndic, partie par les habitants de l'immeuble qu'il aiderait.

Et vous, avez-vous d'autres idées de logements disponibles dans votre département?