vendredi, 12 mai 2006
Rupture
Le mot de 'rupture' sert désormais à tout chez Sarkozy; on parle de 'rupture' sans dire avec quoi on rompt au juste et ce mot devient polysémique. On peut rompre avec une république pour passer à une autre, avec un système économique, ou un système d'organisation sociale, etc. Or il n'est pas bon de rompre avec tout sans exception, et d'ailleurs peu de candidats sont révolutionnaires! Avec quoi donc Sarkozy veut-il rompre?
Je laisserai parler François Bayrou, le premier à avoir dénoncé non seulement l'idée générale, mais l'usage ambigu du mot, dans un discours d'octobre 2005:
"C’est un mot qui mérite explication. Il faut voir ce qu’on a récemment introduit derrière ce mot.
Derrière le mot ‘rupture’, il y a désormais non plus la rupture avec la pratique politique des vingt dernières années, ce qui est légitime, indispensable, et nécessaire, mais la rupture avec les valeurs même du projet national français, du modèle républicain français, dont la constitution énumère les traits principaux : démocratique, laïque, social.
Quand on nous explique qu’il faudrait abandonner notre modèle social, c’est à un trait essentiel du projet national français que l’on cherche à porter atteinte."
Aujourd'hui, de toute façon, on dit seulement "le candidat de la rupture" sans rien préciser d'autre; c'est devenu un slogan, mieux une incantation, pour signifier à la fois que Sarkozy n'est pas le candidat de la continuité (et pourtant il a été au pouvoir et est président du parti présidentiel) et que, puisqu'il y aura rupture, tous les problèmes actuels seront résolus un peu magiquement: une difficulté? il n'y a qu'à mettre en oeuvre la rupture, cette fameuse rupture dont on nous rabâche les oreilles et qui ne signifie plus rien de clair.
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mercredi, 10 mai 2006
Réforme
Le mot de réforme a un sens précis, par opposition au statu quo comme à la révolution. Le choix de la révolution n'est pas l'apanage de grand'monde et celui du statu quo non plus, il y a donc un consensus relatif autour de l'idée de réforme pour faire évoluer la société, ou du moins ce devrait être le cas si l'usage n'avait pas subrepticement été transformé dans la bouche des politiques. De même, il était clair qu'une réforme était quelque chose d'une certaine importance, dépassant une loi ordainire, susceptible d'aboutir à des changements importants.
Depuis quelques années, le mot de réforme est employé systématiquement pour faire passer ce qui est conçu par le peuple comme une régression sociale, l'idée étant sans doute qu'un mot euphémique aidera à faire passer la pilule! Quelle erreur, décidément, dans la manière de parler au peuple! Dès qu'on dit "réforme", aujourd'hui, le peuple se prépare au pire, voire envisage de manifester. Si l'on veut faire passer une réforme, qu'on discute, qu'on convainque d'abord au lieu d'essayer de manipuler (et bien sûr qu'on ne tente pas de passer en force, mais cela c'est un autre débat). Tordre les mots suscite immédiatement la méfiance. Un mot propre employé dans son sens exact suscitera la confiance en marquant l'honnêteté de celui qui s'exprime.
On dit en ce moment "peut-on arriver à réformer en France?" comme si l'on voulait culpabiliser les Français de refuser ces "réformes"! (Et certains croient que les culpabiliser est possible!) Comme si le mot réforme n'avait pas changé de sens dans la bouche des conseils en communication autant que des politiques, et du coup si les deux sens entre lesquels on a volontairement installé une ambiguïté étaient les mêmes...
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samedi, 06 mai 2006
Sans-papiers
L'invention du terme de sans-papiers par l'extrême gauche (tendance LCR) vise à masquer ce dont on parle. Qu'est-ce que ceux qui n'ont pas de papiers d'identité? Des immigrés clandestins qui sont dans l'illégalité sur le sol français.
Ce terme vise à masquer: que ce sont des immigrés, sans doute parce que cela ne suscite pas forcément la solidarité, puisque qu'il n'y a pas de légitimité à les accepter tous; que ce sont des clandestins, ce qui entraîne l'illégalité de leur comportement et ne pousse pas à la solidarité avec eux non plus.
Dire "sans-papiers", c'est faire comme si cette absence de papiers n'avait pas de raison, ou en masquer la raison, dans le langage lui-même. C'est une excellente trouvaille de communication, bien plus qu'un euphémisme, un concept efficace pour porter les idées de la LCR, mais ce n'est pas une description de la réalité.
On peut être favorable à la régularisation des immigrés clandestins, ce qui n'est pas mon cas, mais qu'on ait le courage de le dire ainsi, au moins, au lieu de tricher avec les mots.
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jeudi, 04 mai 2006
Libéral
Je ne suis plus libéral.
Oh, je ne suis pas devenu subitement communiste... Voici mes raisons.
Se dire libéral, c'est affirmer la priorité des critères écomomique et sociaux sur les autres dans la définition d'un projet politique, et définir son identité "économiquement". Or je ne crois pas que ces critères-là soient l'essentiel, au contraire, par rapport aux valeurs humaines, à l'identité nationale et européenne, à la démocratie, bien plus fondamentales. Je ne vois pas pourquoi j'accepterais de me définir dans des termes piégés par d'autres. On me dira que le mot libéral avait un sens politique et non seulement économique en 1789, mais justement il ne l'a plus, en tout cas en France.
Qui plus est, plus on s'affirme libéral, plus on pense que l'Etat doit se dégager de l'énonomique et du social inextricablement liés, et donc aussi, logiquement, des politiques sociales à mener... et être libéral c'est donc, fatalement, s'éloigner du pôle social, et pas seulement du dirigisme. Or c'est dans la société, et son pôle social, que se posent les questions qui relèvent de l'humain. Ce serait donc politiquement complètement contraire aux valeurs d'un parti comme l'UDF, le mien, qui se dit attaché à l'humain, et donc au social, que de se dire libéral.
Provisoirement, on parle de "libéraux sociaux" ou de "sociaux libéraux" au centre, mais il faudra trouver mieux en parlant de la cohérence centrale qui irrigue l'ensemble de l'économique et du social, et qui se trouve ailleurs, plus profond, dans les choix de valeurs, d'une identité, d'une démocratie.
Qui plus est, le mot libéral est depuis un moment détourné par une classe sociale pour parler d'une politique qui défend ses intérêts financiers aux détriment de ceux des autres (qu'on ne me dise pas que les chômeurs ont intérêt à être libéraux!) et qui s'attaque donc à l'intérêt général. Quoi d'étonnant si tous les autres le récusent? Quoi d'étonnant si tous ceux qui tiennent à l'intérêt général refusent le mot et la chose?
L'UDF doit donc refuser l'inscription dans le libéralisme. Non pas bien sûr pour l'emmener vers le dirigisme, car entre le noir et le blanc il y a pas mal de nuances de gris, on le sait au centre. Non pas non plus pour céder à la mode antilibérale. Mais pour dire correctement nos valeurs, nos choix, dans les domaines économique et social. Car ce terme ne dit pas ce que nous sommes. Le mot libéral est piégé. Laissons-le à la droite.
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