samedi, 28 avril 2007

Les enjeux du débat

Les enjeux du débat Bayrou-Royal sont importants pour les trois candidats concernés. Sarkozy aussi est directement concerné bien sûr, et les pressions sur les journalistes toute la semaine en sont la preuve: ce débat ne l'arrange évidemment pas, que Bayrou reste sur le devant de la scène l'arrange encore moins, et cela aura des conséquences sur les législatives que ce maintien d'une présence de trois candidats médiatiques dans un tour où deux seulement concourent encore. 

S'il y a une preuve qu'apporte en effet la situation inédite, c'est bien que le jeu est tripartite et non bipartite, qu'il n'y a plus deux camps. Un Bayrou à 18,5% sans consigne de vote qui refuse de se ranger derrière l'un des deux autres candidats et continue à développer ses différences avec les deux camps constitue immédiatement un troisième camp indépendant des deux autres et fait la preuve de cette indépendance qu'on lui a dénié pendant toute la campagne de premier tour.

Le discours relayé systématiquement par les militants et les élus sarkozystes sur le débat Bayrou-Royal est tout simplement insupportable. Pour résumer: ceux qui ont perdu au premier tour n'ont qu'à la fermer. Une première réponse immédiate: ils ne croient quand même pas que nous allons nous taire parce que ça les arrange?? Qu'est-ce que c'est que cette manière d'ailleurs contreproductive pour eux de vouloir faire taire les autres? Il faudra bien apprendre à vivre à plus de deux camps.

Bien sûr, en théorie, le PS n'a pas plus que l'UMP intérêt à laisser l'UDF s'immiscer dans leur duo, et l'on a vu au premier tour que le PS tout autant que l'UMP avait intérêt à nous écrabouiller, que les deux gros partis avaient une alliance implicite contre nous. Accuser l'un de nuire à la démocratie en refusant un débat et féliciter l'autre de le proposer serait oublier les attitudes d'avant-22 avril, largement méprisantes dans les deux camps, systématiquement opposées à tout dialogue dans les deux camps. Le discours de Royal et celui de Sarkozy se valent de ce point de vue, et Royal n'est pas devenue subitement gentille pour les centristes le 22 avril au soir, elle est simplement consciente du rapport de force avec une gauche historiquement basse qui ne peut gagner qu'avec un report massif des voix centristes. 

D'ailleurs, soyons franc: il est logique que le PS et l'UMP veuillent nous nuire, car nous nous attaquons à leur électorat en voulant recruter parmi l'électorat de centre droit de l'UMP fâché par le sarkozysme d'une part, l'électorat de centre gauche du PS et de ses satellites, essentiellement social-démocrate, déçu de l'archaïsme des élus et de l'appareil, d'autre part. Dans ce jeu à trois, il y aura probablement un mort d'ici 5 ans, et personne ne veut l'être. Pour l'instant, le PS tient la corde.

Et cependant il y a eu un débat Bayrou-Royal, poli, instructif, intéressant. Pourquoi si le PS et l'UDF (ou la future Alliance Démocrate) s'en veulent tant? Simplement parce que Bayrou et Royal y ont intérêt tous deux. Royal a besoin d'alliés et n'en a plus à gauche (36% seulement pour la gauche en tout, et encore faudrait-il supposer que le report se fasse à 100% ce qui ne sera pas le cas); elle n'a pas le choix: il faut séduire les centristes et Bayrou si c'est possible, lui seul pouvant lui garantir par un appel clair le report massif dont elle a besoin. Elle est donc prête à promettre tout et n'importe quoi, trouver subitement dans son pacte présidentiel des mesures qui n'y étaient pas avant le 22 avril, comme avec un haut-de-forme d'illusionniste, proposer des ministères, envisager de donner des circonscriptions (on imagine la tête des socialistes obligés de se taire...) que d'ailleurs le PS perdrait systématiquement sans allié dans beaucoup de secteurs... Mais comme Bayrou n'est pas intéressé par une alliance, le PS est mal parti: tout au plus peut-il espérer qu'on l'aide à attaquer Sarkozy, mais sans complaisance envers le programme de Royal.

Et Bayrou? Lui d'une part assure la publicité nécessaire au lancement de son nouveau parti, l'Alliance Démocrate, prouve qu'il ne change pas de ligne après le 22 avril comme certains en doutaient, mais aussi qu'il est possible de dialoguer entre le centre et la gauche et que le clivage centre/gauche n'existe pas vraiment (ce que les socialistes s'acharnent à montrer en ce moment après l'avoir nié toute la campagne tout en expliquant que le centre n'est pas à droite comme ils l'ont dit pendant toute la campagne), ce qui sera un point définitivement acquis; d'autre part il prouve que ses solutions sont meilleures que celles de Royal auprès des sociaux-démocrates, le débat ayant été calme mais particulièrement meurtrier pour toutes les propositions démagogiques de celle-ci qui ne résistaient pas à l'examen, sans que Royal ait d'argument sérieux à opposer.

Mieux: quand il attaque Royal sur les petits drapeaux, le SMIC européen ou la dette, il joue sur du velours! Les sociaux-démocrates pensent comme lui, et ont toutes les chances d'être séduits pour... le lancement de l'Alliance Démocrate et les législatives. Il a même réussi à faire avouer à Royal que dans son pacte présidentiel, la mesure contre la possession de médias par les clients et fournisseurs de l'état était bien moins précise que la sienne (textuellement)... Les sociaux-démocrates sortent du débat séduits par Bayrou, rêvent de le voir premier ministre ou d'avoir au moins au pouvoir une alliance PS-UDF qui n'a bien sûr aucune chance de se réaliser comme Bayrou l'a dit explicitement lors de sa conférence de presse, tout simplement parce qu'il a trop de divergences avec le Pacte présidentiel et parce que les socialistes n'en voudraient pas plus que lui. Au mieux, Lang a fait allusion à l'ouverture de 1988 avec trois centristes sur des strapontins gouvernementaux, ce qui ne saurait convenir aujourd'hui avec une Alliance Démocrate à 18,5%: ce que l'Alliance Démocrate veut, c'est le premier rôle, pas un strapontin, sinon autant valait rester aux côtés de l'UMP.

On peut s'attendre à ce que François Bayrou continue à être là jusqu'aux législatives. Sarkozy n'a pas fini d'être agacé... et le PS inquiet.

mercredi, 25 avril 2007

Consigne de vote

Un article de Libération est titré "Bayrou devrait soutenir Royal sans condition". Et ta soeur, ai-je pensé. Mais comme il s'agit d'une interview de Massimo Cacciari, promoteur DS du parti démocratique italien, fusion en cours du parti social-démocrate DS et du parti démocrate-chrétien La Marguerite de Prodi, j'ai lu le texte. L'escroquerie est dans le titre, comme souvent. En effet, tout le texte est une leçon donnée au PS français et à ses archaïsmes et non une demande à Bayrou. Extraits:

Au premier tour, les DS ont soutenu Ségolène Royal ; la Marguerite, François Bayrou. Souhaitez-vous que ce dernier se prononce clairement en faveur de la candidate PS ?

Sans aucun doute. C'est nécessaire, mais pour cela il faut que les sociaux-démocrates français reconnaissent qu'une saison politique est terminée. La situation actuelle pose la question de la rencontre entre la famille socialiste et une aire modérée et centriste qui a une forte composante d'inspiration catholique. Nulle part les forces sociales-démocrates ne sont suffisantes pour dégager une majorité à elles seules. (...) partout la question de la rencontre entre la gauche et le centre est posée.

L'alliance entre Royal et Bayrou vous semble donc naturelle ?

On assiste à une évolution du système politique qui est le fruit de la crise de la social-démocratie. Celle-ci dure depuis plus de vingt ans (...) Au niveau européen, une partie des socialistes pensent, malgré la voie ouverte par les transformations radicales du Labour, qu'il faut rester dans la tradition, dans une certaine pureté. Ils continuent de parler un langage politique d'une inertie incroyable. Et ce n'est pas seulement une question de vocabulaire. Les socialistes doivent accomplir un examen de conscience historique. Il leur faut changer de stratégie, surtout après la chute du mur de Berlin. (...) Les socialistes doivent reconnaître publiquement l'exigence et la nécessité d'une alliance avec Bayrou et ouvrir la perspective de la création d'un parti démocratique français. De son côté, Bayrou devrait dire tout de suite qu'il appuie sans condition Royal.

Et en réalité ce n'est donc pas du tout sans condition: Bayrou appuierait Royal en échange de la transformation du PS en parti authentiquement social-démocrate version blairiste (examen de conscience et changement de stratégie, ben c'est pas pour demain) qui s'allierait avec l'UDF, puis fusionnerait avec le centre autour des idées doctrinales d'un Rocard ou d'un DSK... une utopie complète après la campagne que nous venons de vivre côté PS, à l'évidence. De toute façon, le modèle italien n'est pas transposable aujourd'hui en France, et supposerait un vrai travail idéologique que le PS se refuse décidément à faire. Pourquoi aiderions-nous le PS à ne pas évoluer?

D'ailleurs pouvons-nous faire simplement confiance au PS et à Royal s'ils s'engagent à tenir leur parole? Même pas.

L'avenir est dans la voie nouvelle ouverte au centre. D'ailleurs, en Italie, c'est sous la direction de Prodi, un démocrate social, chrétien, centriste comme Bayrou et pas à gauche, que l'alliance du centre et de la gauche gouverne... pas sous celle d'un socialiste ou même un social-démocrate vieux style.

mardi, 03 avril 2007

Un débat, oui ou non?

On sait que des journalistes des chaînes nationales (et notamment de Fr3) ont réclamé l'organisation d'un débat public avant le premier tour, comme le souhaitent la grande majorité des Français. François Bayrou a proposé depuis longtemps l'organisation d'un débat aux chaînes de radio et de télévision avec Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et Jean-Marie Le Pen. Sarkozy a toujours refusé de débattre avec quiconque d'autre que Royal. Royal a refusé jusqu'au début de la période d'égalité entre les douze candidats, qui rend quasi impossible le débat à quatre (il faudrait autant de temps pour les autres et on imagine quel serait l'audience d'un débat entre Laguiller, Schivardi, Villiers et Nihous...). Tous les ingrédients étaient donc réunis pour faire échouer le projet.

François Bayrou vient de le relancer en proposant aujourd'hui l'organisation d'un débat sur internet à quatre. En effet internet n'est pas concerné par les restrictions du CSA et l'exigence d'égalité des temps d'antenne. "Je n'ai pas de doute que ce débat aura des échos, qu'il y aura des millions d'internautes qui le suivront, et je suis prêt pour ma part à ce que ce débat dure aussi longtemps que l'on veut" (citation du Monde). Bayrou suggère "qu'Internet prenne ses responsabilités et qu'on crée un nouvel espace démocratique puisque tous les autres sont bloqués avec la bénédiction des deux candidats favoris"

Il ne fait pour moi aucun doute qu'Internet prendra ses responsabilités! Et j'imagine les journalistes suivant un tel débat, organisé par des "amateurs" libres, rongés de frustration devant les écrans de leurs ordinateurs... quand je dis "amateurs", d'ailleurs, cela ne signifie pas manque de professionalisme. Et toutes ces dépêches des agences issues d'un tel débat... Ce serait excellent à plusieurs titres: cela ferait la preuve qu'Internet est bien le dernier espace démocratique disponible (chaînes publiques comprises) et qu'un espace libre est susceptible de modifier les votes du premier tour; cela conduirait les Français à s'en rendre compte, aussi, notamment ceux qui ne vont pas sur les blogs politiques d'habitude.  

Cependant, accepteront-ils, les autres? Cette proposition sera un bon critère, une fois faite une proposition franche, de leur volonté de débattre ou de ne pas débattre. Et je pense à Ségolène Royal autant qu'à Nicolas Sarkozy.

Enfin, en tout état de cause, signalons-le, c'est Bayrou qui a pensé à internet, pas un journaliste de nos médias habituels... enfin un homme politique qui a intégré l'existence de la Toile. Merci pour cela aussi, François.

dimanche, 08 octobre 2006

Marianne2007.info

J'ai reçu un message commercial pour le lancement du site de Marianne consacré à la présidentielle. Je suis allé voir. Et je leur ai écrit une lettre, sans doute dure, mais que je crois méritée. Je vous la livre ici, pour discussion, et pour entamer un débat sur les média et les blogs.

Monsieur le rédacteur en chef,

Je suis démocrate et blogueur. On vient de m'envoyer un message sur le lancement de Marianne2007.info.
J'y constate que, comme la grande majorité des magazines et quotidiens, vous ne faites qu'accumuler des occasions de renforcer le pouvoir des bullocrates sur votre site.
Comme votre site n'est pas du tout interactif, aucun article ne pouvant être commenté directement, je suis contraint, avant d'aller m'informer ailleurs, là où je peux donner mon avis, de vous envoyer un mail. Je trouve d'ailleurs ahurissant que vous vous présentiez comme un site interactif alors que vous en êtes encore à fonctionner sur le modèle d'il y a cinq ans (forum et newsletter), dépassé même par la plupart de vos confrères.

Vous voulez dynamiter la bulle médiatico-politique? Bravo! Mais, si c'est sincère, et ne relève pas de la communication, avec quels moyens?

Agenda TV-Radio-PQN, Sondages (oh combien), tout cela ne fera que renforcer cette bulle en démultipliant - et sans critique - le pouvoir qu'ils ont déjà, en démultipliant le pouvoir des manipulations qui s'y exercent. Actualités et brèves étant essentiellement constituées à partir des agences ou des autres média, vous démultipliez encore leur pouvoir là-dessus. Regardez vos informations et dites-moi où est la différence avec n'importe quel site de bullocrate.
Avec votre fil RSS d'actualités, nous ne suivrions donc pas l'actualité, mais ce que les média officiels nous présentent de l'actualité.
J'ai regardé la présentation des candidats, de leurs programmes, etc. On trouve mieux dans la plupart des sites et blogs consacrés au sujet, pour l'instant.
Quant à la revue de blogs, si vous n'avez pas d'autre critère de sélection que l'inscription des blogs, vous avez de bonnes chances de ne faire que redoubler la propagande, surtout avec les effets de masse.

Monsieur, hier samedi 7 octobre, se tenait le colloque UDF sur l'exclusion. Vous vous seriez honoré en y venant et en en parlant. Cela aurait prouvé que vous étiez un peu différents de tout le reste de la presse, capable d'apprécier l'importance de l'exclusion dans notre société et de l'engagement d'un candidat sur ce sujet. On en est loin.
Je parle pour Bayrou ici. Mais je pourrais parler de Voynet, ou des autres. C'est le même travail de travestissement politicien de l'information que vous livrez là que partout ailleurs dans les média.

Avec quoi prétendez-vous donc faire de votre site un site de combat?
Cordialement,

Cratyle

 

vendredi, 06 octobre 2006

L'avenir des média

Les média servent de mieux en mieux les intérêts de leurs propriétaires, puisque de plus en plus ils ne servent qu'à cela, et que de toute façon l'invasion de la publicité empêche la constitution de vrais journaux un peu partout; mais les média se déconsidèrent eux-mêmes aussi et ont donc une influence en baisse, jusqu'au jour où le peuple aura trouvé comment se passer d'eux; le peuple ne les écoute plus ou va se servir ailleurs, sur le net libre, à l'étranger parfois, en information plus fiable; le succès des gratuits est essentiellement dû au fait qu'ils ne comportent pas trop d'information frelatée et non au concept du gratuit, mais on le paie de la disparition de la pensée, de l'analyse, et le peuple n'étant pas fanatique de la bêtise (on voit que je ne partage pas les théories de Lelay), cherche toujours où trouver ailleurs ce qui lui manque. Cela viendra dès que le net, les blogs auront construit de véritables ensembles de presse indépendante. Agoravox n'a plus à évoluer beaucoup pour en être le premier en France: encore quelques années pour acquérir la maturité dont il manque.

La situation des média est donc plus difficile encore que celle des sondeurs. Elle supposera une remise en cause du principe même de la soumission à la publicité, d'où la forte probabilité que les média actuels ne le comprennent pas et plutôt que d'évoluer, soient remplacés. Un rapprochement pourrait se faire avec les concepts des journaux spécialisées et revues qui font souvent mieux que résister, en se fondant sur leurs abonnements, et dont certains sont susceptibles dès aujourd'hui de se développer en devenant plus généralistes, parce que la confiance en eux des lecteurs est plus grande. Ainsi, Les Echos ou BFM partent d'une base spécialisée (économique) et se généralisent en parlant de tout autre chose aussi, devenant susceptibles de s'adresser à un public plus vaste; idem pour certains journaux régionaux qui peuvent franchir le pas si le marché se déverrouille. De même les revues parlent très naturellement de tout autre chose que de leur objectif principal, culture, évènements, et peuvent tourner à un magazine ayant une vraie personnalité; et un magazine féminin peut fort bien en venir à parler intelligemment de politique à ses lecteurs s'il n'est plus un simple support publicitaire, et ses clients autre chose qu'une cible.

Cependant, la lecture de la politique par les média est soumise hors du net à une contrainte économique importante: la limitation de l'espace (ou du temps correspondant) qui impose de choisir et appelle le choix de sortir du généralisme ou de laisser au lecteur la possibilité d'opter lui-même, comme sur le net il choisira le sport, les jeux, la politique ou la culture en allant lire les pages qui l'intéressent et pas les autres, en pouvant lire dans ces pages-là bien plus de renseignements qu'ailleurs. Et les média ne peuvent guère permettre hors du net la prise en compte de l'interactivité que de manière très parcellaire, ce qui signe leur inadaptation, car ce n'est pas en réunissant comme pour un micro-trottoir une dizaine de personnes différentes sélectionnées qu'on aboutit à autre chose que du faire semblant (voir la pathétique émission de Chirac). Les tentatives d'interactivité comme le téléphone sonne (France Inter le soir) ou les matins de RFI, les moins mauvaises sans doute sur les radios, se démodent à grande vitesse en regard du net. Et qui ira encore décoder les manipulations de nos média, ou lire les élucubrations de nos chroniqueurs, s'ils demeurent ce qu'ils sont aujourd'hui, et ne seront plus guère crus que par quelques irréductibles naïfs?

Je crois d'ailleurs que l'une des erreurs de nos politiques est de ne pas voir que le peuple, aujourd'hui, ne s'intéresse tout simplement pas à la présidentielle à l'exception d'une frange informée et cultivée qui ne regarde guère TF1 ou FR2, et que quand il s'y intéressera, il est douteux qu'il se laisse manipuler par les télévisions dont le message est tellement simpliste que la manipulation y est bien visible. Par contre, les média exercent bien un énorme pouvoir sur les élus et les politiques de second rang, et contribuent bien à limiter le choix du peuple le jour venu de se révolter électoralement. On pourrait dire qu'aujourd'hui, les média ont, pour l'instant, exercé un pouvoir plus fort sur les élus et les choix de l'UMP ou du PS que sur le peuple. Voir les sondages par exemple: les média ne se tireront plus sans un code déontologique rigoureux de la situation où ils se sont mis de consommer des sondages pour mieux manipuler.

samedi, 16 septembre 2006

TF1 et l'UDF

On a su par le Canard Enchaîné, puis par les questions posées à François Bayrou sur quelques média, qu'il y avait bien eu le 12 septembre une réunion suivant l'interview de François Bayrou par Claire Chazal le 2 septembre, entre celui-ci et Lelay et Mougeotte de TF1. C'est clairement pour TF1 une réunion qui avait pour objet de faire pression sur Bayrou. On remarquera que les journalistes sont restés étonnamment discrets sur cette réunion. Sur son blog, John Paul Lepers donne un extrait d'interview de François Bayrou à ce sujet: http://johnpaullepers.blogs.com/john_paul_lepers_leblog/2... 

François Bayrou signale trois arguments qui lui ont été opposés: que son interview s'attaquait à "l'honneur de TF1" en prétendant qu'elle n'était pas équitable, ce que tout le monde sait pourtant; que TF1 avait choisi de privilégier le bipartisme en France, ce qui ne lui semble pas recevable car cela revient de la part de TF1 à se comporter de manière politique, à avoir une ligne politique favorable à certains partis et pas à d'autres; que le rôle de TF1 était seulement de gagner le plus possible d'argent pour ses actionnaires, ce qui n'est pas recevable non plus vu le degré de responsabilité des média télévisés et en particulier de TF1, le plus influent, dans la formation des idées politiques des électeurs en France. François Bayrou explique en particulier combien on peut façonner l'opinion en présentant systématiquement les opinions du PS et de l'UMP, de NS et de SR, au détriment du pluralisme.

Reste à espérer que ce combat de François Bayrou sera relayé par les télespectateurs et autres électeurs qui en ont certes assez de la situation, pour faire évoluer TF1... et les autres. 

  

 

mardi, 12 septembre 2006

François Bayrou, les médias et l'extrême gauche

Acrimed, site de critique des médias qui prend des positions d'extrême gauche en général, et donc pas neutre (on ne les verra pas souvent dénoncer le favoritisme envers leurs amis par exemple), mais professionnel dans l'analyse et en tout cas très souvent intéressant, essaie depuis longtemps de dénoncer auprès de la gauche la situation dans les médias, sans succès. Elle vient de constater que les réformes à faire sont portées par François Bayrou.

Acrimed a décidé de relayer les interventions sur le sujet de l'UDF et les réactions à celles-ci, pour l'instant en oubliant les félicitations ;-), trouvant seulement à dire que nous ne sommes pas de leur courant idéologique. Cela a un côté pathétique, de tenir ainsi à marquer son territoire, comme tant de gens à gauche qui se sentent inquiets simplement parce que nous pensons juste.

Nous ne prétendons pourtant pas nous faire prendre pour je ne sais quelle variété d'altermondialistes que je sache! Nous ne mentons pas, ne nous mentons pas, ne cherchons pas à faire de la communication. Il est dommage que les commentaires soient interdits sur Acrimed, site et non blog, mais il est vrai que l'autocritique ne semble pas être du goût de ce site qui critique... les autres. Il est intéressant qu'il n'ait pas trouvé de critique à notre endroit.

D'une certaine façon, la surprise de ces milieux très à gauche est surprenante souvent, comme dans le blog de Sébastien Fontenelle que je trouve souvent stimulant: alors qu'ils constatent eux-mêmes que la gauche de gouvernement, plus vraiment à gauche en leur sens à eux, est très disposée aux connivences, et que les médias de gauche en portent le témoignage, ils ne se rendent même pas tous compte que la nature de la situation a considérablement empiré et touche au fond de la démocratie. A force de dénoncer la situation en raison de leur refus global d'un type de société - disons du capitalisme, pour faire vite -, ils ne voient pas tant de différence avec leurs dénonciations d'hier. C'est là que nous divergeons totalement dans l'analyse des médias et les propositions que nous ferons en porteront la marque.  

C'est un exemple nouveau de la manière dont François Bayrou, simplement en pensant haut et clair, juste, sans s'occuper des frontières idéologiques ou des convenances partisanes, bouscule complètement les lignes. On le savait avec l'UMP et le PS, mais la situation est la même ailleurs, chez tous ceux qui se sont encroûtés dans les boues et les coulures. C'est une bonne raison aussi de penser que la voie est là: sincérité, justesse de la pensée, action sans tenir compte des verrous qu'on tente d'installer ou de maintenir dans cette société, bref porter haut les valeurs et les idées.

Quelques surprises de ce type et François Bayrou s'imposera. Bien sûr, il a intérêt à ne pas donner aux médias d'occasion de lui tirer dessus, ils en profiteront; bien sûr, il aura droit sans doute à des attaques déshonnêtes, pour dire les choses ainsi, s'il se montre menaçant pour les deux favoris obligatoires. Mais les Français attendent justement cela, ce courage, cette capacité à ouvrir en direction d'un vrai changement, et le combat sur les médias est emblématique pour prouver qu'il faut changer la règle du jeu.

 

 

  

jeudi, 31 août 2006

"Ce qui se passe en France, on ne le voit qu'en Italie" (Sarnez)

Je vous disais hier que j'attendais avec gourmandise l'intervention de François Bayrou devant l'université d'été du Medef.  

Selon Le Monde: François Bayrou lors de l'université d'été du Medef,à une table ronde sur le libéralisme, a rappelé qu'il existe "une responsabilité supérieure à la responsabilité économique,l'intérêt général, dont l'Etat et la démocratie sont comptables." Il a plaidé pour l'existence d'une autorité capable de faire entendre sa voix face aux géants financiers". 

Par ailleurs, Libération ( http://www.liberation.fr/actualite/politiques/201393.FR.php ), rapporte que François Bayrou "a accusé les grands groupes industriels d' «orienter», à travers les médias qu'ils possèdent, les Français vers un choix qui serait «tout fait» entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal dans la perspective de la présidentielle. Dans la ligne de mire, Bouygues et TF1, Dassault et le Figaro, Lagardère, au capital du Monde et aux commandes d'Europe 1. Des groupes industriels et aux gros intérêts dans les médias qu'il soupçonne de «mettre des billes dans les deux cases». Pour une raison simple, selon le chef des centristes : ces groupes, «qui ont des rapports de clients avec l'Etat, dont la vie et le développement dépendent de commandes publiques», auraient «le plus grand intérêt à maîtriser, tenir les choix futurs des Français, de manière qu'au bout du compte leur avenir soit préservé»."

Bref, hier c'était Noël pour certains gros industriels du Medef, auxquels les socialistes n'osent plus dire ça depuis longtemps. Et avec les arguments justes; il sera très difficile de faire passer Bayrou pour un anarchiste excité ou d'assurer que ses propos auraient dépassé sa pensée! On appelle ça parler vrai. Il y a pire plus loin: 

"«Cet été, c'était concours de bikini, dit-on à l'UDF. Pour suivre la campagne, il fallait acheter la presse people. Aujourd'hui, il faut essayer de soulever un couvercle et prendre le pari qu'en démocratie on peut parler de tout.» Même quand ce sont trois grands groupes de presse qui sont accusés de favoritisme électoral, en creux au moins, en négligeant les autres candidats. Cette thématique d'un «chorus des médias» autour de deux candidats, «de bonne foi ou avec des arrière-pensées nettes», toujours selon l'UDF, se retrouve aussi au sein du PS." (Libération cite notamment Fabius. On sait que je suis de cet avis depuis fort longtemps.)  

"A l'UDF, on annonce pour novembre des propositions en matière de médias. Et un colloque à la clé, organisé par Jean-Marie Cavada, ex-patron de Radio France, passé au Parlement européen sous la bannière... UDF. «Ce qui se passe en France, on ne le voit qu'en Italie, dit Marielle de Sarnez, députée européenne UDF et bras droit de Bayrou. Il nous faut
aujourd'hui réfléchir à une harmonisation des règles en matière de concentration dans les médias au niveau européen. C'est la question des libertés publiques et du pluralisme qui est en jeu.»"

Et voilà les gros industriels Français comparés à Berlusconi... c'est flatteur, comme on sait.

Libération, bien sûr, dédouane Royal, qui ne saurait vraiment pas pourquoi on parle d'elle tout le temps, et d'ailleurs serait de toute bonne foi, vraiment pas concernée, d'ailleurs elle propose subitement une loi sur la presse dont on n'a jamais entendu parler avant, etc. Bref, Libération a renoncé à son indépendance envers Royal. Dommage. D'ailleurs, TF1, Le Figaro, Le Monde et Europe 1 ne sont pas les seuls médias concernés du tout! Mais au moins Libération informe des propos de Bayrou, ce qui n'est pas le cas du Figaro et du Monde par exemple. Il est vrai que Le Figaro et Le Monde sont particulièrement sujets à la soumission à leurs propriétaires.