samedi, 21 avril 2007
Elle voit des Bayrou partout
Le nez sur le trottoir elle traversa la rue.
Quand elle arriva à l'hôpital St Louis, elle ressentit quelques frissons. Difficile à expliquer.
D'habitude, elle voyait des éléphants roses ou des petits démons bleus voleter autour d'elle. Mais là le panorama avait changé.
Elle était pourtant bien dans le 10ème ?
Levant la tête, elle s'aperçu qu'il y avait des bayrou partout. Sur les balustrades, les boites aux lettres, les panneaux, les cabines téléphoniques, dans la tête des gens aussi, partout, partout, partout...
Elle n'en revenait pas. Elle tourna la tête dans tous les sens, c'était comme une symphonie de couleurs et de vie. Que lui arrivait-il ? Avait-elle été piquée par le bayrou-bayrou ? Ou s'était-elle trompée de métro ? Non ! Elle était bien dans le 10ème !
En tout cas l'effet était de la meilleure composition : les gens souriaient tous dans la rue et le soleil brillait. Elle eut même l'impression de décoller de quelques centimètres du sol tellement elle se sentait légère... Peut être l'effet de la colle...
Alors elle posa son seau, les affiches et l'escabeau. Son travail était fini.
Un texte de Carole Cases en hommage aux colleurs et colleuses d'affiches du Xe arrondissement de Paris.
20:55 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, politique, présidentielle, collage, Paris, dixième
Les aventures d'un colleur
Je n'ai pas écrit cette semaine, j'ai beaucoup tracté, beaucoup collé aussi, jour et nuit. Les expériences de collage peuvent être singulières, d'autant que la plupart du temps on colle ailleurs que sur les panneaux d'affichage légal, souvent de nuit. C'est la première fois que j'assiste à une campagne d'affichage en acteur, alors que d'habitude je regarde en passant les affiches électorales et sans doute nombre d'entre vous trouveront ce qui suit bien naïf: je l'écris à l'intention de ceux qui n'ont jamais agi.
En principe, on n'affiche que dans les lieux déjà dégradés ou sur des palissades; mais quand un concurrent direct affiche, lui, dans un lieu quelconque, recouvrir ses affiches est prioritaire. C'est ainsi que, des affiches du PS ayant été posées sur un joli mur propre, trois couches d'affiches successives se sont trouvées placées sur celles-ci (le PS, la LCR, le PS à nouveau, l'UDF) quand nous sommes partis de l'endroit, et ça a continué ensuite. Pauvre peinture. De même, les sorties et les colonnes du métro aérien sont couvertes d'affiches très vite. Sans parler de toutes les affichettes sur les parcmètres ou les tuyaux d'eau, posées quand on a le temps. De même, on ne devrait pas détériorer les affiches des autres sur les panneaux d'affichage légal; mais je peux vous assurer qu'il n'y a pas que les passants qui touchent à ces affiches: le PS a visé les nôtres depuis le début de la campagne officielle (à coups d'affichettes autocollantes pour leur candidate notamment) et à chaque fois, obligation de remettre une affiche; à raison de deux par panneau, cela fait du temps...
La nuit, plusieurs équipes de collage circulent quasi dans les mêmes lieux d'affichage sauvage, rivalisant pour faire voir leurs affiches dans les points importants de l'arrondissement. Chez nous, le PS contrôle la mairie et a donc une grande force de frappe, les autres partis ayant surtout pour elles leur motivation, leur énergie, leur organisation plus ou moins bonne; pour être franc, on ne voit guère ici que le PS, l'extrême-gauche et l'UDF, l'UMP étant constituée de retraités peu motivés à l'idée de renoncer à leur nuit de sommeil (je caricature à peine) et l'extrême-droite absente (une chance très parisienne). Le Xe est de taille réduite, on joue donc un peu au chat et à la souris: quand on passe derrière un concurrent, on déchire ses affiches et on colle par dessus les siennes, il a travaillé pour rien; quand il passe derrière vous, ben... De toute façon, quand les affiches tiennent une journée entière, c'est déjà bien. On est donc vite débordé.
La nuit, on fait ce qui est interdit, bien sûr. Avec certaines règles, heureusement, mais aussi avec cette légère ivresse qui accompagne l'acte illégal répété, comme une petite libération. Je conseille aux moralistes qui s'en offusquent de vivre une fois une expérience de collage nocturne avant de juger. Etre militant n'est pas seulement discuter, élaborer des positions, mais aussi se mettre de la colle sur les mains. On rencontre pas mal de monde la nuit - Paris est vivant la nuit, et l'on distribue des programmes au passage: Bayrou est souvent bien accueilli. On colle là où sont les affiches des adversaires, surtout. J'ai aussi collé une affiche sur le rideau de fer de la permanence du député-maire PS, plein centre, très visible. Sans doute n'a-t-elle pas duré longtemps, mais elle aura peut-être fait sourire les passants le lendemain matin.
Tout ça n'est pas très légal. Mais généralisé: tous les partis ont leurs équipes de collage et les jours d'affichage sauvage sont prévus au planning. Rendons-lui hommage, notre LCR locale s'est remarquablement débrouillée, mieux que nous hélas, trop inexpérimentés encore, pour résister au PS, notamment pendant la nuit folle du 20 avril au soir (clôture à 24h) où le jeu consistait à être le dernier à passer avant 24h sur un maximum de lieux parmi une série d'équipes concurrentes qui en faisaient autant. Au moins aurons-nous témoigné de notre existence: c'est cela d'abord, le collage, montrer qu'on existe pendant la campagne. Cela compte autant que le tractage, quelques semaines avant les législatives, pour montrer qu'on est là, qu'on engage la lutte. Du gâchis de papier? Certainement. Mais si vous arrêter de coller pendant que les autres continuent, vous leur abandonnez le terrain, la visibilité sur le terrain; c'est la pire façon de perdre que de ne pas lutter. Cela ne se règlera pas par la loi non plus: aller jusqu'à l'illégalité (bénigne!) est une façon de prouver sa motivation.
J'ai collé de jour (ce qui n'était pas plus légal). On rencontre beaucoup de personnes qui vous regardent avec sympathie et souvent viennent vous parler (l'occasion d'en transformer en distributeurs de programmes qu'on leur donne au passage). On en rencontre aussi qui déchirent immédiatement vos affiches. Pour le plaisir de déchirer - quelque chose de transgressif aussi, là-dedans, exacerbé par la publicité agressive d'aujourd'hui. En discutant avec un déchireur, nous l'avons finalement converti en électeur de François Bayrou: il avait à parler, de politique aussi, comme beaucoup d'abstentionnistes qui semblent vivre la politique un peu comme une agression à leur égard; il était face à des militants, et non des présentateurs télévisés, des hommes et des femmes qui lui disaient pourquoi ils étaient militants, pourquoi pour ce candidat-là, cela a suffi à faire changer son regard.
J'ai collé rue d'Enghien, devant le siège de campagne de NS, en plein jour, vendredi 20, sous les yeux des CRS. Il faut savoir que c'est la SEULE rue du Xe dans laquelle on peut voir des affiches UMP, pour NS ou leur future candidate aux législatives, alors qu'ailleurs on peut toujours les chercher, même pas recouvertes sous des couches d'autres affiches, rien. Et dans cette rue, quasi personne ne se risque à coller et surtout pas les socialistes (par contre, les communistes y sont allés une fois, de nuit). Nous avons pris la rue, collé rapidement sous le regard très complice des habitants (qui n'appréciaient en général sans doute pas NS avant la campagne, et c'est manifestement encore beaucoup moins le cas depuis qu'il est là) et amusé des flics de garde, qui ne devaient pas être sarkozystes (une chance, ils ne nous ont pas interrompu dans notre activité illégale...) et recouvert toutes leurs affiches par les nôtres. C'est la seconde fois. J'ignore combien de temps la présence de nos affiches a duré, sans doute pas longtemps, mais cela sera raconté dans le quartier. Monsieur paradait en Camargue pendant ce temps-là, les 300 CRS habituels avaient dû le suivre, mais il en restait.
J'ai déchiré des affiches, de temps en temps, en dehors des heures consacrées à cet effet (à s'investir dans une campagne, on se rend compte du prix du geste, de l'action concrète), et même fait déchirer les autres. A une classe de primaires en garderie qui attendait un départ en métro devant la station, j'ai ainsi appris que quand une affiche faisait de la publicité pour Le Pen, ils étaient autorisés à la déchirer, et j'ai montré comment faire (c'est le seul matin où j'en ai vu, d'ailleurs). Ils se sont jetés dessus. Les affiches à leur portée n'ont pas tenu longtemps. Et en sus l'un m'a remercié de lui avoir donné l'autorisation de le faire. L'éveil de la conscience politique...
19:11 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, politique, présidentielle, collage, Paris, dixième
samedi, 31 mars 2007
Le résultat du 6 mai au soir...
Une vidéo sympathique sur Yahoo que j'ai découverte grâce à Aurélie Champion: pour découvrir le perdant de la présidentielle, et le gagnant de la présidentielle.
13:55 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vidéo, présidentielle
lundi, 26 mars 2007
Les aventures d'un tracteur, 4
C'est un militant socialiste à qui je tends mon tract, il votera Royal, il me l'annonce, sans aucun entousiasme visiblement, parce qu'il est discipliné me dit-il, mais au second tour il votera Bayrou pour battre Sarkozy - car il ne doute pas que Royal sera éliminée. On discute un peu; ils en connaît beaucoup, des sympathisants et même militants socialistes qui ne croient pas en Royal et ne se battent pas vraiment, mais que faire d'autre quand on milite au PS que de soutenir Royal, me dit-il, et il regrette bien de ne pas pouvoir y échapper, mais ce n'est pas la peine que j'essaie de le détourner de son devoir, il n'en démordra pas.
On discute quand même, pour le plaisir. Il connaît des militants du PS qui sont partis à l'UDF, il n'a rien contre l'UDF me dit-il comme pour s'en excuser, il n'approuve pas les attaques du PS qui en font un parti de droite alors qu'on voit bien la différence avec l'UMP! Royal, il ne l'aime vraiment pas et m'en fait un portrait au vitriol qu'aurait pu signer un militant de droite, véhément, et ça lui fait visiblement plaisir de pouvoir le dire à quelqu'un, au PS on ne peut pas dire ça d'après lui; mais il a décidé de rester au PS, parce qu'il veut être loyal, voilà, dit-il d'une voix vraiment peu convaincue. Déjà il n'appréciait pas Jospin, il était inscrit au PS dès ce moment-là, soupire-t-il; en novembre il avait voté DSK.
Je lui explique pourquoi je suis enthousiaste, moi, et ce que c'est de se battre pour un vrai candidat, ce qu'on éprouve de profond, au-delà d'une personne, à se battre pour un projet et des idées avec lesquelles on est pleinement en accord, et qu'il n'a jamais connu, me dit-il. Il prend mon tract, un peu sceptique, il le lira, et il ira sur le site, il me l'assure avec du fatalisme dans la voix, comme si changer d'avis lui était impossible, ou interdit, et qu'il le regrettait. Je ne m'attendais plus à ce qu'il change d'avis quand il est parti, je ne cherchais plus à convaincre, j'étais seulement content d'avoir passé un bon moment à discuter, et c'est à ce moment-là qu'il m'a dit: peut-être ma place n'est-elle pas au PS, finalement.
15:45 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, UDF, Paris, présidentielle, PS, dixième, vote
dimanche, 25 mars 2007
Les aventures d'un tracteur, 3
C'était la nuit, après dîner, et j'ai croisé un couple de jeunes pendant que je distribuais à des essuie-glaces des tracts sur la réunion du Zénith désormais célèbre. Je leur tends un tract, j'apprends qu'ils sont artistes, on parle de Bayrou, gentiment, de la présidentielle. Ils sont un peu dans les nuages, certainement un pétard, et boivent leur bière assis dehors, dans l'air tiède et le vent frais du soir sur le Canal.
L'un d'eux est pion à Sarcelles, parce qu'il faut bien vivre, et à vivre dans le collège, il en exècre encore plus Sarkozy. On passe un bon moment à casser du sucre sur Sarkozy, ça soulage toujours, moi autant qu'eux. Il est vaguement marxiste, me dit-il, mais ne votera pas pour les antilibéraux, qui ont sombré dans la division et l'insignifiance. Royal ne lui plaît pas, évidemment. Bayrou? Il s'interroge. Ce à quoi il tient le plus, c'est de battre Sarkozy, le danger public, et Bayrou le bat systématiquement, et largement, dans les sondages. Bayrou ne lui déplaît pas, mais il ne le connaît guère, et me demande s'il a vraiment travaillé dans sa vie de politique. Je lui raconte son passé de professeur de lettres, la reprise de l'exploitation de son père, le tracteur et la traite des vaches. Et ça le rassure. Il ne sera pas le seul proche des antilibéraux à voter Bayrou.
Elle, pendant ce temps-là, parle aussi, en même temps parfois, comme si elle avait besoin de parler encore davantage, d'être écoutée elle aussi. Elle ne s'intéresse pas du tout à la politique, prévoit de regarder les programmes quinze jours avant la présidentielle, comme beaucoup de monde sans doute. Je lui dis qu'elle risque d'être séduite par une jolie promesse de dernière minute d'un démagogue faute d'avoir réfléchi à temps à son choix. Elle se défend, elle a ses dessins à faire et elle est plongée dedans, tout ça, mais elle éprouve manifestement un peu de culpabilité citoyenne. M'écouter un peu, discuter, c'est mieux que s'ennuyer à plonger dans les programmes. On ne parlera jamais assez de l'importance des conversations entre Français dans la formation du jugement; ce qui fera vraiment le vote, ce sont les discussions, directes ou sur internet, dans un peuple qui prend les choses en main, comme pour le référendum, loin de la télévision dont ils se méfient comme pas mal de Français.
Je leur parle un peu du programme, selon leurs questions, pendant qu'ils boivent leur bière. Ils sont sutout intéressés par l'école, la culture; ce qu'ils peuvent devenir, les artistes, les préoccupe doucement (l'effet du pétard), car leur avenir est rien moins qu'assuré: ils apprécient les idées de Bayrou. La sécurité les préoccupe aussi, pour être sûr qu'il ne les fera pas comme Sarkozy dans l'autoritarisme - aucun risque, ils le comprennent vite. On parle des stratégies de second tour aussi, du risque de report de l'extrême droite sur Sarkozy. Ils sont nombreux, ces Français à chercher comment battre Sarkozy; le succès de Royal était l'an dernier dans cette possibilité, à laquelle personne ne croit plus, de le battre en votant pour elle. Une fois de plus, j'ai l'occasion de vérifier que le battre est l'obsession de nombreux Français, et donc qu'il ne gagnera pas. Quand nous sommes rentrés, peu avant minuit, j'avais fait deux convertis, sans doute, autour de la bouteille de bière, désormais vide.
15:30 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, UDF, Paris, présidentielle, vote, Bayrou
samedi, 24 mars 2007
Les aventures d'un tracteur, 2
On rencontre souvent, en tractant, des personnes qui ne voteront pas: on leur tend un tract sans savoir qu'ils sont étrangers. Bien sûr, il y a ceux qui cherchent seulement à savoir où est la gare, ceux qui ne parlent que japonais (ou chinois, d'ailleurs, j'ai du mal à faire la différence) et qui s'éloignent rapidement. Mais il y a aussi ceux qui discutent, et sont souvent prêts à vous aider. Ainsi de ce Suisse barbu, bien entrelardé mais sans bretelles, rencontré sur l'un des ponts du Canal Saint-Martin au-dessus des écluses, qui m'a dit avec sa dame tout le bien qu'il pensait de Bayrou, et que chez lui il était de tradition que l'opposition participe au gouvernement: il a accepté d'emporter quelques tracts chez lui pour ses amis Français habitant en Suisse (il a précisé néanmoins qu'il ne connaissait pas Johnny Halliday), de les brancher sur bayrou.fr et de nous aider à les convaincre. Au cas où les tracts mettraient du temps à arriver en Suisse... ou au cas où l'on manquerait de militants dans les cantons suisses... on ne sait jamais.
Mais il y a aussi ceux qui sont étrangers et habitent ici. Ce Camerounais aux cheveux blancs à qui il manquait quatre dents, non remplacées, visiblement pas riche, venu ici tout jeune et aujourd'hui retraité, manifestement très bien informé, avec qui j'ai discuté comme avec un sage des finesses de l'ouverture au centre de Michel Rocard et de la différence entre la situation d'aujourd'hui et la Quatrième République. Je n'aurais pas eu autant de plaisir à parler avec un diplomate (non, je ne parle pas de Douste-Blazy). Il a proposé, au moment où je songeais à le lui demander, de porter des tracts à sa famille pour les convaincre - ses enfants étaient Français, mais pas lui, malgré 40 ans de travail ici. Lui ne le vivait pas mal de ne pas voter, il avait trouvé sa place. Mais j'ai rencontré un bon nombre d'algériens, de marocains pour lesquels il n'en était pas ainsi.
Par exemple, ce patron de bar dont le père (plus de 40 ans de présence lui aussi, toujours au travail), ne pouvait pas voter, alors que son fils lui votait (et votait Bayrou - je ne sais pas si l'on se rend bien compte encore à quel point le vote pour Bayrou augmente chez les enfants d'immigrés à Paris et dans les banlieues en ce moment, malgré la révélation de Saint-Denis pour les médias). Il trouvait normal qu'il ne vote pas à la présidentielle, bien sûr, mais aux municipales, me disait-il, alors qu'il paie ses impôts et n'a jamais été au chômage depuis 40 ans? Je lui ai dit que nous le proposions. Mais derrière cette demande, il y a aussi une énorme demande de reconnaissance, une forme de révolte contre l'agression organisée par les jeux électoraux avec le feu, à la Sarkozy, depuis 5 ans et plus.
Cette femme en blanc était aussi amère, sortant de cette épicerie, qui ne pouvait pas voter, et pour qui sa vie était ici; elle suivait la campagne mieux que la plupart des Français, et pas seulement à la télévision. Quand je lui ai proposé un tract, elle en a laissé tombé son cabas. Elle aurait bien voté à la présidentielle, elle aurait aimé ça, voter comme tout le monde autour d'elle. Elle ressentait là une autre forme d'exclusion, morale. "On" ne lui laissait pas la possibilité de devenir Française. Elle aussi aurait voté Bayrou, mais, m'a-t-elle dit, qu'importe, hein?
Je mets au défi ceux qui ont parlé ainsi autour d'eux de ne pas sentir là un reproche à la République. Justifié.
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vendredi, 23 mars 2007
Les aventures d'un tracteur, 1
Un couple gentiment punk (mais si, c'est possible) rencontré à côté du marché Saint-Quentin. Je tends mon tract en disant "Pour François Bayrou" - car je ne compte plus les personnes qui refusent un tract au premier abord, et se ravisent quand ils apprennent qu'il est pour François. Ils ne me regardent même pas. "Nous, de toute façon, on ne votera pas." Ce genre de réponse me choque toujours un peu, et sans doute un peu plus encore cette fois-ci. Je leur demande pourquoi, et la conversation s'installe. C'est la jeune femme qui répond la plupart du temps, mais ils sont visiblement d'accord.
"Nous ne voulons pas voter pour l'un de ces trois cons." Je leur demande desquels ils parlent, frémissant que mon candidat puisse être compté parmi ces trois-là. "D'abord, il y a les deux, là, dont on parle tout le temps à la télé." Et là, je me suis bien amusé, intérieurement : impossible de retrouver leur nom... Quand même, avec tout le matraquage télévisé depuis des mois, c'est fort; peu de Français doivent être incapables de les citer. Au bout de 5 minutes, je leur ai donné la solution, et leur ai demandé le nom du troisième. Un trou de mémoire, là aussi, mais ils se souvenaient d'une chose: "il était passé au second tour la dernière fois". Untel? Gagné. Ils concluent: "comme nous ne voterons pour aucun des trois, ce n'est pas la peine d'y aller".
Et là, je proteste - aimablement quand même - que pour "virer ces trois cons", il faut justement aller voter pour quelqu'un d'autre, sans quoi l'un d'eux va gagner; et ça avait l'air d'une révélation pour eux cette idée-là. J'en profite pour dire que moi, justement, je me bats pour un autre candidat, sur quoi je tends mon tract - visiblement, ils ne reconnaissent pas ce type-là sur la photo - qui peut gagner contre les trois autres. Apprendre qu'il y avait plus de trois candidats, et d'autres qui pouvaient gagner, ça a eu l'air de leur faire drôlement plaisir. Quand à savoir s'ils vont s'informer et voter vraiment... il y a au moins de l'espoir. Quand ils m'ont quitté, ils regardaient mon tract.
15:15 Publié dans Militantisme au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : abstention, Paris, dixième, politique, UDF, Bayrou, présidentielle



