mercredi, 25 avril 2007
On ne peut plus clair
La conférence de presse de 15h30 donnée par François Bayrou est un bijou de positionnement politique, tant dans ce qui est explicite que dans ce qui reste implicite. Très clair à l'arrivée - regarder la vidéo et y écouter les réponses aux questions aussi, cela vaut la peine. Il ne donne pas de consigne de vote, mais... avec beaucoup de mais.... et de petits points...
Il indique qu'il laissera aux électeurs et aux élus la liberté de vote, croyant en la responsabilité du citoyen. Mais qu'il est disponible pour éclairer les enjeux et reste prêt à commenter la campagne et à y intervenir en tant que de besoin. Manifestement tout à fait disposé à intervenir.
NS représente un danger aigu pour la démocratie et la société tandis que NS représente un danger plus chronique pour l'énonomie, tous deux pour le système politique et la dette. Il ne les met pas sur le même plan. Cependant, trop d'inquiétude dans les deux cas pour choisir positivement. Et cependant si des modifications intervenaient il en tiendrait compte. On ne peut pas mettre mieux la pression aux deux finalistes.
Pour éclairer les enjeux du vote il propose à SR lors de leur débat, qu'il accepte, d'éclairer ce qui les rapproche mais aussi ce qui les sépare; débat qu'il accepte aussi d'avance avec NS s'il le souhaite. A la place de SR (ou NS, encore davantage) j'aurais un peu peur, François y sera redoutable et n'a rien à perdre à dire ce qu'il pense.
"Homme libre d'un parti libre", on lui a demandé son vote à titre personnel. Il répond qu'il ne sait pas ce qu'il fera. Que cela dépend en particulier du débat qu'il aura avec SR, et éventuellement avec NS, et du débat qu'ils auront entre eux. Il se place en situation d'indécis à convaincre. Et cependant s'il ne sait pas ce qu'il fera, il "sait déjà ce qu'il ne fera pas". On lui demande pourquoi il ne s'exprime pas plus clairement, il répond "parce que".
Quand on lui rappelle sa parenté avec Prodi, qui a une majorité centre-gauche en Italie face à Berlusconi, il admet que Sarkozy présente notamment vis-à-vis des menaces envers la presse des analogies avec Berlusconi d'un ton pas trop convaincu, tout en rembarrant sèchement Cohn-Bendit qui a fait le rapprochement pour le convaincre de voter Royal comme Prodi d'un "quand je veux prendre une position je le fais moi-même". Preuve, d'ailleurs, que Cohn-Bendit, repris par DSK ensuite, a touché juste tout en touchant faux.
Quand on lui rappelle que des députés ont appelé à voter NS, il signale qu'il en connaît un certain nombre qui vont voter SR. Et qu'aucun ne le quittera pour un autre parti. (L'annulation du projet de "parti centriste" dans la majorité présidentielle de NS prouve qu'il a raison sur ce point.) A propos des débauchages de députés et autres manoeuvres de NS, il rappelle qu'il a appelé ça "la démocratie des Hauts-de-Seine" et précise que ce n'était pas un compliment.
Entre l'appel implicite à voter blanc et l'appel implicite à voter Royal, avec l'appel tout aussi implicite à ne pas voter Sarkozy, tout au long il a inventé une troisième voie sans propos ambigu, faisant en sorte qu'on ne puisse pas interpréter ses propos comme un appel tout en restant parfaitement audible. Une merveille dans l'expression pour dire ce qu'il veut dire, pas plus et pas moins.
Notre parti devrait s'appeler Parti Démocrate. Logique: c'est la filiale du Parti Démocrate Européen fondé avec les italiens de Prodi qui viennent de nommer leur nouveau parti Parti Démocrate aussi... visiblement, il y a là une dénomination visant à obtenir des antennes nationales d'un parti européen, en bons fédéralistes à long terme.
Il a repris dans l'esquisse du futur programme du Parti Démocrate ce que comprenait son programme présidentiel, bien entendu.
17:50 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, politique, présidentielle, parti, démocrate, consigne de vote
mardi, 10 avril 2007
Une vidéo Bayrou-Sarkozy de 1999...
Vous trouverez ici une vidéo d'un débat entre Bayrou, Sarkozy, Hollande et Hue aux européennes 1999 (Bayrou faisait déjà liste à part, opposé à Seguin/Sarkozy, et venait tout juste de prendre la tête de l'UDF). On y entend très bien une protestation contre les hausses d'impôt à droite et les privatisations à gauche contraires aux engagements pris face aux électeurs et une exigence de vérité. Pour ceux qui croient que Bayrou a changé récemment...
19:35 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, Sarkozy, Hollande, politique, européenne, présidentielle, débat
mardi, 03 avril 2007
Du projet au programme
François Bayrou vient de présenter un résumé de son programme en vingt pages et bien plus de cent propositions...
Ce programme est complémentaire du livre qui expose les principes généraux du projet, Projet d'Espoir (Plon), et du site qui expose l'articulation des mesures du programme au sein du cadre qu'est le projet politique, dans les discours de campagne, les interventions médiatiques, les conférences spécialisées, et permet de discuter les propositions, de commenter et de proposer des suppléments.
L'ensemble est pensé visiblement, le programme apportant autre chose que les outils existants. Encore faut-il ne pas prendre le catalogue qu'est le programme pour la fin de la réflexion: François Bayrou présente une vision de la France, lui, dont les mesures du programme ne sont qu'un reflet lointain. Le programme n'est pas non plus exhaustif, faute de place en 20 pages: le site est bien plus riche en propositions, plus précises et explicitées en sus.
Puisse la sortie du programme, distribué dans toute la France à 10 millions d'exemplaires, que vous pouvez télécharger bien sûr, prouver à tous que tant le PS que l'UMP mentent depuis des semaines en répétant que nous n'avons pas de programme alors que toutes ces mesures figuraient déjà sur le site, entre autres.
15:05 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, programme, présidentielle, politique, UDF
vendredi, 30 mars 2007
François Bayrou le 18 avril 2002
Je vous suggère d'aller voir, si vous avez déjà vu toutes les richesses que propose bayrou.fr et celles que je signale ci-contre à gauche dans Allez François!, ce que disait François Bayrou sur son programme le 18 avril 2002 à Elections 2002, sur France 2 (version de l'INA). Un peu plus jeune, mais le fond du discours était déjà là... et certaines mesures aussi.
18:58 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, politique, présidentielle, INA
jeudi, 29 mars 2007
De la France
« Ce livre expose un projet. J'aborderai bien sûr chacun des chapitres de notre avenir national, avec des engagements précis. Mais je veux avant tout dire ici ma vision de la France, non seulement de ses atouts, mais aussi de son être.
Car c'est de la France qu'il s'agit. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu la France en mémoire, j'ai toujours eu la France en tête. Je la ressens. Je pense à elle avec affection, comme je pense à ceux que j'aime. Je pense à la France comme à une personne, faite d'histoire, tissée de valeurs, avec ses humeurs, sa conscience et plus encore, je ne sais quel mot employer, avec un inconscient de peuple qui n'a rien oublié des siècles pendant lesquels il s'est formé.
Ce n'est pas seulement un peuple, c'est une nation, exigeante, idéaliste sans doute, ambitieuse. C'est une nation dont la marque principale est l'unté, et qui se projette au travers du temps.
"Je crois en la France", ce passage obligé des professions de foi électorale signifie en général: croire que la France a des atouts pour l'avenir. Et c'est vrai.
Mais pour moi, ce "je crois en la France" signifie d'abord que la France existe, qu'elle a son caractère propre, son visage, son identité, ses valeurs, ses racines et que tout cela n'est nullement en train de s'estomper et disparaître. Au contraire. Quiconque entreprendrait de l'effacer ou se laisserait aller à s'ignorer exposerait notre pays à bien des secousses, à bien des révoltes silencieuses, sourdes, avant de devenir explosives. C'est une nation qui n'est pas soudée par l'origine, par la race, ni même par la géographie. Au travers du temps, les Français du premier cercle ont été rejoints par bien des exotiques... Des exotiques de près, méditerranéens, italiens, espagnols, atlantiques, portugais, flamands; des exotiques de plus loin, d'Europe centrale ou des marches de l'Est, des descendants d'esclaves déportés d'Afrique, des Africains du Nord ou d'Afrique subsaharienne; des exotiques d'Asie, le monde entier s'unissant pour faire la France. Et le ciment de tout cela, c'est une langue, et ce sont des valeurs universelles. »Et la suite porte sur ces valeurs universelles qui sont celles de la République, avec l'exégèse de sa devise, "liberté, égalité, fraternité", et de cette phrase de la constitution "La République est démocratique, laïque et sociale". On aura reconnu ce qui est presque le début de Projet d'Espoir, de François Bayrou (cela commence en bas de la première page).
Dans son "d'aussi loin que je me souvienne..." on aura reconnu une réminiscence du début des Mémoires de De Gaulle. Quand il parle de la France, François Bayrou est toujours un peu gaullien, comme si vivre profondément l'appartenance à la France aujourd'hui, c'était nécessairement rencontrer, sur ce point, De Gaulle; mais François Bayrou rencontre la France à sa manière, simple et sereine, sans cette rhétorique théâtrale dans le verbe, qui sent aujourd'hui son histoire, chez De Gaulle.
Ce texte a été écrit et publié avant la dérive électorale récente s'agissant de la Nation.
Chercher un antidote à la nausée, aux dérives récentes vers l'électorat de l'extreme-droite chez deux candidats qui croient que c'est en cédant à ses penchants, en lui disant ce qu'il a envie d'entendre comme ils le font à toutes les catégories de la population, en reprenant les thèmes de Le Pen qu'ils gagneront des voix, chercher cet antidote chez un centriste gaullien partisan de l'Europe qui parle de la France, peut paraître curieux. Il y a pourtant chez François Bayrou une conception apaisée, vécue en profondeur, de la France, à sa juste place, qui me rend ce qu'elle est cent fois mieux que les gesticulations électoralistes des deux autres. J'avais besoin de relire ce texte-là pour éviter la colère et la honte à la fois que suscitent les évènements de la campagne, qui dévoient l'idée même de la France. "Les révoltes silencieuses, sourdes, avant de devenir explosives" nous y sommes presque.
J'avais décidé de ne pas parler de ces provocations conjointes, l'une suivant l'un, parce que c'est manifestement cela que veut Nicolas Sarkozy, comme Le Pen, faire tomber la France dans l'affrontement, nous mettre en colère et finalement parler d'eux, parler de sécurité et d'immigration comme en 2002, et gagner les élections sur ces thèmes-là, en oubliant dans l'émotion tout le reste, le chômage, l'exclusion, l'école, l'environnement. Et j'avais envie de parler justement de ce qui n'est pas sur leurs lèvres, de ce qu'ils veulent faire oublier.
On veut nous pousser à vivre l'explosion pour pouvoir dire ensuite que la fermeté sécuritaire est nécessaire; les casseurs sont les meilleurs alliés de Nicolas Sarkozy. J'irais plus loin: Nicolas Sarkozy n'a jamais eu une si forte popularité que pendant les émeutes de 2005, il l'a compris, et comme il n'a aucun scrupule, il souhaite provoquer l'affrontement pour obtenir la popularité. Je crois qu'il ira se faire insulter à Argenteuil, se faire lancer des canettes, et déclencher une émeute pour gagner des voix.
J'avais décidé de ne pas en parler pour ne pas récompenser par l'expression de mon indignation (le mot est faible) les instigateurs de ce crime envers la société française, qui provoquent les violences et préparent les explosions pour en profiter dans les urnes. Et je ne condamne pas les policiers, qui là-dedans sont plutôt les victimes du système qu'on leur impose en les dressant à l'affrontement depuis 5 ans.
C'est en relisant ce texte que je me suis aperçu qu'il y avait mieux à faire que se taire: présenter la vision de la France de François Bayrou, comme antidote au dévoiement par les deux concurrents et Le Pen. Nausée, disais-je plus haut, quand ils parlent de la France, quand ils prennent entre affrontements et clowneries la France en otage. Parce que justement la France ne m'est pas indifférente, comme à tous les Français, et donc qu'elle soit prise en otage provoque en moi, je l'ai dit plus haut, colère et honte à la fois. Jusqu'ici seule l'extrême droite et la droite extrême osaient, et le supporter était déjà difficile, mais on pouvait compter sur les républicains: c'est fini. Comment ne pas provoquer de l'émotion quand il s'agit de la France?
Je me suis demandé pourquoi j'aimais la France, d'où cela venait dans mon enfance. Sans doute l'éducation familiale y était pour quelque chose, bien sûr; non qu'elle fût spécialement patriotique, au contraire, on ne parlait pas de la Nation, on la respectait simplement la France, avec naturel, dans les valeurs républicaines (je suis fils d'enseignants du public...); tout cela restait implicite - mais fort: la valeur de l'exemple. La génération actuelle de parents donne-t-elle aussi bien l'exemple? J'en doute souvent.
Le sport n'a jamais suscité chez moi d'engouement patriotique. La finale de la coupe du Monde 1998, elle a commencé à m'intéresser à la troisième mi-temps: un peuple rassemblé. J'ai longtemps pensé: que le meilleur gagne, et au fond, que ce soit la France ou non, qu'importe? N'y a-t-il pas aussi une sorte de dévoiement du patriotisme, parfois avec une légèreté de bon aloi, parfois gravement dans la violence, dans le comportement des supporters? De même, je n'ai jamais été un fanatique des défilés du 14 juillet.
Mais il y avait l'éducation nationale (enseignement public pour moi): les valeurs républicaines, on les sentait honorées, et pourtant je n'ai jamais appris la Marseillaise à l'école (si bien que je ne connais que le refrain, pour l'avoir entendu), ou suivi des cours d'instruction civique, ou fabriqué un drapeau (!).
La France, très tôt, je l'ai rêvée sur une carte, dans les cours d'histoire plus que de géographie, ces vieilles cartes suspendues par des crochets où l'on pouvait rêver le long des frontières et dans les couleurs, suivre les flèches des invasions, évaluer mentalement ce qui manque en se demandant pourquoi ça s'arrête là, au Nord, et pas un peu avant ou un peu après, dans cet espace d'une couleur différente.
La France, très tôt, je l'ai connue à travers sa langue, et par la lecture. Je lisais beaucoup, surtout des auteurs Français, et les valeurs, le caractère et les défauts mêmes qui sont la France passent dans la lecture des auteurs des siècles passés ou présents, dans le maniement de la langue, que l'auteur soit patriote ou non et dès les contes français qui .
Les livres qu'on aime vous constituent une patrie, et c'est d'ailleurs pour cela que ma patrie Française fût très tôt aussi doublée d'une patrie Européenne complémentaire de la première. J'aurais défendu volontiers, par exemple, avec toutes les raisons imaginables, de considérer comme Français certains auteurs Grecs, à commencer par Homère, lu d'abord dans des versions écourtées pour enfants puis en entier puis dans le texte grac et Platon, que j'ai lu en Français bien avant qu'on me parle de philosophie et que je l'étudie dans le texte aussi, en Terminale.
Je ressens donc comme profondément juste la définition de la patrie que donne François Bayrou. La France a bien un visage. Mais ce visage que vous voyez en vous-même, que vous voyez si vous faites la paix en vous, en quoi ressemble-t-il à ce que ces deux politiciens, trois avec Le Pen, donnent comme image de la France, à cet affrontement contre soi-même, à ces signes extérieurs de nationalisme, à cette pêche aux voix ? Ce visage profond de la France, lui, il est en paix. Quand à la société, c'est autre chose. Parlons donc au peuple de la société. Et l'état de la société mérite notre colère, notre colère envers les responsables qui ont mené à cette impasse-là notre société française.
17:35 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : France, Bayrou, De Gaulle, Sarkozy, Royal, Le Pen, nation
mardi, 27 mars 2007
Et la politique étrangère?
On parle très peu dans la campagne des questions de politique étrangère. Le seul média qui fasse l'effort d'en parler, c'est son rôle, et ait offert à Bayrou l'espace nécessaire pour une émission sérieuse sur la question, est TV5 Monde.
J'ai particulièrement apprécié le ton, la qualité des intervenants - Français expatriés, journalistes étrangers, avec le regard distancié qui est celui d'un correspondant par exemple. L'on apprend ainsi autre chose sur François Bayrou que dans nos émissions étroitement nationales. Ce qu'il n'a jamais eu l'occasion de dire ailleurs...
12:26 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UDF, Bayrou, politique, présidentielle, étranger
mardi, 10 octobre 2006
"Au nom du tiers état" (Bayrou)
François Bayrou a écrit un livre qui sort ce mercredi, intitulé "Au nom du tiers état", recueil de dix discours antérieurs depuis 2002 avec une préface de 60 pages. Il y dénonce un pouvoir confisqué au peuple dans un ancien régime analogue à celui de 1788, où une oligarchie de puissants d'un même milieu combine pouvoir politique (RPR-UMP et PS), pouvoir économique, pouvoir médiatique, sans contre-pouvoir, avec nominations des copains et mépris pour le parlement, confusion des moyens des personnes et de ceux de l'Etat.
D'où la colère du peuple déjà plusieurs fois manifestée dans les urnes et la rue. "L'orage cherche sa foudre" dit Bayrou... j'ai apprécié l'image.
Il prône, on le sait, une révolution civique. Le mot de révolution est souvent moqué dans la bouche d'un centriste, et pourtant il a raison de faire l'analogie avec 1788, et pas seulement dans le diagnostic de la colère qui gronde; ce qu'il propose est bien de fait une révolution - dans l'organisation des pouvoirs et de la démocratie, mais pas seulement.
Le diagnostic selon lequel le peuple d'Internet ne se laissera pas écarter ainsi et priver de sa juste place dans le débat et la décision (voir déjà la citation en exergue de ce blog) me fait particulièrement plaisir.
Supplément: dans vingt minutes, extraits de la préface, et interview.
18:35 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Bayrou, Tiers Etat, livre, politique, UDF
mercredi, 17 mai 2006
Les alliances: la réponse de François Bayrou
Extrait du débat de censure à l'Assemblée (16 mai 2006)
Je sais bien qu’il y a la discipline de parti. Je sais bien qu’il y a les habitudes. Et je connais bien cette idée : « nous n’allons pas mélanger les voix avec le Parti socialiste et les communistes… »
Parlons en !
À gauche, interdiction formelle de parler avec la droite, interdiction écrite de travailler avec le centre. À droite, interdiction formelle de fréquenter la gauche. Entre les deux le mur de Berlin !
Puis-je rappeler à cet hémicycle que le mur de Berlin est tombé en 1989, il y a bientôt vingt ans. Et qu’il est tombé à Berlin où la droite allemande et la gauche allemande ont choisi, obéissant aux électeurs allemands, non seulement de parler ensemble, mais de gouverner ensemble.
Et quand il y avait le mur de Berlin, c’était justifié. Il y avait ceux qui acceptaient de partager les valeurs de la dictature soviétique, et ceux qui ne l’acceptaient pas. Mais il n’y a plus de dictature soviétique. De ce bloc, reste la Chine vers laquelle courent les multinationales.
Je sais bien qu’il y a la discipline de parti. Je sais bien qu’il y a les habitudes. Et je connais bien cette idée : « nous n’allons pas mélanger les voix avec le Parti socialiste et les communistes… »
Parlons en !
À gauche, interdiction formelle de parler avec la droite, interdiction écrite de travailler avec le centre. À droite, interdiction formelle de fréquenter la gauche. Entre les deux le mur de Berlin !
Puis-je rappeler à cet hémicycle que le mur de Berlin est tombé en 1989, il y a bientôt vingt ans. Et qu’il est tombé à Berlin où la droite allemande et la gauche allemande ont choisi, obéissant aux électeurs allemands, non seulement de parler ensemble, mais de gouverner ensemble.
Et quand il y avait le mur de Berlin, c’était justifié. Il y avait ceux qui acceptaient de partager les valeurs de la dictature soviétique, et ceux qui ne l’acceptaient pas. Mais il n’y a plus de dictature soviétique. De ce bloc, reste la Chine vers laquelle courent les multinationales.
Je suis en désaccord, et souvent en opposition avec le PS. Je n’exonère ce parti d’aucune responsabilité dans la crise que nous vivons. Je n’ai pas oublié la fin de François Mitterrand, je n’ai pas oublié les écoutes téléphoniques, où sur oukase on écouta des centaines de Français qui avaient déplu au Prince offensé. Comme aujourd’hui, c’était officines et compagnie.
Je n’ai pas oublié que les frégates de Taiwan, c’était sous un gouvernement socialiste.
Je ne me dissimule rien ni de leur passé, ni des différences que j’ai avec eux. Mais je ne considère pas les socialistes comme des ennemis, comme des intouchables .
De même je suis souvent en opposition avec l’UMP.
Je suis en désaccord radical avec l’idée d’un parti unique. Je sais pourtant que beaucoup de Français que j’estime ont cru à ce choix.
Je suis en désaccord, mais ce désaccord ne fait nullement pour moi de ce parti un ennemi.
Ce que je considère comme ennemie, c’est la malédiction qui interdit de se parler en France, même quand on est d’accord, sous prétexte qu’on n’a pas la même étiquette.
Dans la société du XXI° siècle, le pluralisme gagne partout, dans les familles, dans les genres de vie, dans l’entreprise. Le pluralisme et le respect réciproque.
Le seul endroit où le pluralisme n’est pas accepté, c’est dans le lieu même du pluralisme, à l’Assemblée nationale où pourtant la France, dans sa diversité, est censée être représentée, se représenter !
Eh bien, en effet, je franchis un pas : j’accepte de voter, dans des circonstances nationales graves, avec des gens qui sont différents de moi. Je ne renie rien de ces différences, mais je les fais passer après l’intérêt national.
Et même, j’envisage dans l’avenir, lorsque viendra le moment de reconstruire notre pays, de travailler avec des gens différents de moi, d’un bord et de l’autre, non pas pour sanctionner, mais pour construire.
Ma conviction est en effet que nous sommes descendus si bas, nous sommes allés si loin dans la décomposition qu’il faudra rassembler, pas seulement du centre, mais de droite, de gauche, pour garantir aux Français que la République nouvelle sera la République de tous et non pas la République des amis.
Et on croit que c’est une révolution ? On hurle quand on entend ces mots ! Mais sur les 36 000 communes de France, combien sont gouvernées ainsi en rassemblant les différences, et non pas en les accusant !
Et cela a été le choix de notre histoire. Ce fut le choix du général de Gaulle. Et ceci fut le choix de Robert Schumann. Et ceci était le choix de Pierre Mendès-France. C’était le choix de Chaban. Et c’était le choix de Valéry Giscard d’Estaing, avant qu’on ne le contraigne à se replier sur un camp, et donc à perdre. Et ceci était le choix de Michel Rocard, nous le savons bien. Et c’était le choix de Jacques Delors. Et c’est le choix de millions de Français, choix qu’ils ne peuvent imposer, parce qu’on ne leur propose que simplismes et haines de camp.
Et quand en 2002, Jacques Chirac a été élu à la présidence de la République, avec -faut-il le rappeler ?- plus de voix de gauche que de voix de droite, personne n’est allé le traiter de « petit supplétif de la gauche » !
Parce qu’il y a une idée de la France et de la République qui dépasse les idéologies. Il y a des principes sur lesquels on doit s’accorder, surtout quand ça va mal, à condition qu’on se respecte pour ce qu’on est. On ne gouverne pas un pays avec une minorité, pour une minorité. On gouverne un pays avec une base large et pour obtenir une base large il faut rassembler des courants différents !
05:15 Publié dans Parole de François | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Sur la sixième république: position de François Bayrou
Débat de censure à l'Assemblée (16 mai 2006):
(...) la mise en cause du gouvernement, elle ne s’adresse pas seulement à ce climat de rivalité haineuse.
Elle s’adresse à l’utilisation de l’Etat dans cette guerre de clans. Les services secrets de notre pays, dans leur dimension intérieure et extérieure, la DST, la DGSE, l’officier général chargé des opérations spéciales, sans que personne puisse savoir qui vise qui, qui utilise qui, qui manipule qui.
La Ve République vit avec cette pratique depuis trop longtemps. Et cette pratique est une tare de la République. Comme si l’Etat, le plus enivrant dans l’Etat, c’était cela, les secrets de police, les notes blanches, les petits secrets que l’on savoure et dont, à l’occasion, on se sert. Et cela devient, ouvertement, un objet de pouvoir. Et on peut entendre, au moment de la formation du gouvernement, un ministre de l’Intérieur dire qu’il revient au pouvoir pour « reprendre en main le



