mercredi, 25 avril 2007

On ne peut plus clair

La conférence de presse de 15h30 donnée par François Bayrou est un bijou de positionnement politique, tant dans ce qui est explicite que dans ce qui reste implicite. Très clair à l'arrivée - regarder la vidéo et y écouter les réponses aux questions aussi, cela vaut la peine. Il ne donne pas de consigne de vote, mais...  avec beaucoup de mais.... et de petits points...

Il indique qu'il laissera aux électeurs et aux élus la liberté de vote, croyant en la responsabilité du citoyen. Mais qu'il est disponible pour éclairer les enjeux et reste prêt à commenter la campagne et à y intervenir en tant que de besoin. Manifestement tout à fait disposé à intervenir.  

NS représente un danger aigu pour la démocratie et la société tandis que NS représente un danger plus chronique pour l'énonomie, tous deux pour le système politique et la dette. Il ne les met pas sur le même plan. Cependant, trop d'inquiétude dans les deux cas pour choisir positivement. Et cependant si des modifications intervenaient il en tiendrait compte. On ne peut pas mettre mieux la pression aux deux finalistes.

Pour éclairer les enjeux du vote il propose à SR lors de leur débat, qu'il accepte, d'éclairer ce qui les rapproche mais aussi ce qui les sépare; débat qu'il accepte aussi d'avance avec NS s'il le souhaite. A la place de SR (ou NS, encore davantage) j'aurais un peu peur, François y sera redoutable et n'a rien à perdre à dire ce qu'il pense.

"Homme libre d'un parti libre", on lui a demandé son vote à titre personnel. Il répond qu'il ne sait pas ce qu'il fera. Que cela dépend en particulier du débat qu'il aura avec SR, et éventuellement avec NS, et du débat qu'ils auront entre eux. Il se place en situation d'indécis à convaincre. Et cependant s'il ne sait pas ce qu'il fera, il "sait déjà ce qu'il ne fera pas". On lui demande pourquoi il ne s'exprime pas plus clairement, il répond "parce que".

Quand on lui rappelle sa parenté avec Prodi, qui a une majorité centre-gauche en Italie face à Berlusconi, il admet que Sarkozy présente notamment vis-à-vis des menaces envers la presse des analogies avec Berlusconi d'un ton pas trop convaincu, tout en rembarrant sèchement Cohn-Bendit qui a fait le rapprochement pour le convaincre de voter Royal comme Prodi d'un "quand je veux prendre une position je le fais moi-même". Preuve, d'ailleurs, que  Cohn-Bendit, repris par DSK ensuite, a touché juste tout en touchant faux.

Quand on lui rappelle que des députés ont appelé à voter NS, il signale qu'il en connaît un certain nombre qui vont voter SR. Et qu'aucun ne le quittera pour un autre parti. (L'annulation du projet de "parti centriste" dans la majorité présidentielle de NS prouve qu'il a raison sur ce point.) A propos des débauchages de députés et autres manoeuvres de NS, il rappelle qu'il a appelé ça "la démocratie des Hauts-de-Seine" et précise que ce n'était pas un compliment.

Entre l'appel implicite à voter blanc et l'appel implicite à voter Royal, avec l'appel tout aussi implicite à ne pas voter Sarkozy, tout au long il a inventé une troisième voie sans propos ambigu, faisant en sorte qu'on ne puisse pas interpréter ses propos comme un appel tout en restant parfaitement audible. Une merveille dans l'expression pour dire ce qu'il veut dire, pas plus et pas moins.  

Notre parti devrait s'appeler Parti Démocrate. Logique: c'est la filiale du Parti Démocrate Européen fondé avec les italiens de Prodi qui viennent de nommer leur nouveau parti Parti Démocrate aussi... visiblement, il y a là une dénomination visant à obtenir des antennes nationales d'un parti européen, en bons fédéralistes à long terme.

Il a repris dans l'esquisse du futur programme du Parti Démocrate ce que comprenait son programme présidentiel, bien entendu.

mardi, 10 avril 2007

Une vidéo Bayrou-Sarkozy de 1999...

Vous trouverez ici une vidéo d'un débat entre Bayrou, Sarkozy, Hollande et Hue aux européennes 1999 (Bayrou faisait déjà liste à part, opposé à Seguin/Sarkozy, et venait tout juste de prendre la tête de l'UDF). On y entend très bien une protestation contre les hausses d'impôt à droite et les privatisations à gauche contraires aux engagements pris face aux électeurs et une exigence de vérité. Pour ceux qui croient que Bayrou a changé récemment... 

mardi, 03 avril 2007

Du projet au programme

François Bayrou vient de présenter un résumé de son programme en vingt pages et bien plus de cent propositions...

Ce programme est complémentaire du livre qui expose les principes généraux du projet, Projet d'Espoir (Plon), et du site qui expose l'articulation des mesures du programme au sein du cadre qu'est le projet politique, dans les discours de campagne, les interventions médiatiques, les conférences spécialisées, et permet de discuter les propositions, de commenter et de proposer des suppléments.

L'ensemble est pensé visiblement, le programme apportant autre chose que les outils existants. Encore faut-il ne pas prendre le catalogue qu'est le programme pour la fin de la réflexion: François Bayrou présente une vision de la France, lui, dont les mesures du programme ne sont qu'un reflet lointain. Le programme n'est pas non plus exhaustif, faute de place en 20 pages: le site est bien plus riche en propositions, plus précises et explicitées en sus.

Puisse la sortie du programme, distribué dans toute la France à 10 millions d'exemplaires, que vous pouvez télécharger bien sûr, prouver à tous que tant le PS que l'UMP mentent depuis des semaines en répétant que nous n'avons pas de programme alors que toutes ces mesures figuraient déjà sur le site, entre autres.

vendredi, 30 mars 2007

François Bayrou le 18 avril 2002

Je vous suggère d'aller voir, si vous avez déjà vu toutes les richesses que propose bayrou.fr et celles que je signale ci-contre à gauche dans Allez François!, ce que disait François Bayrou sur son programme le 18 avril 2002 à Elections 2002, sur France 2 (version de l'INA). Un peu plus jeune, mais le fond du discours était déjà là... et certaines mesures aussi.

jeudi, 29 mars 2007

De la France

« Ce livre expose un projet. J'aborderai bien sûr chacun des chapitres de notre avenir national, avec des engagements précis. Mais je veux avant tout dire ici ma vision de la France, non seulement de ses atouts, mais aussi de son être.

Car c'est de la France qu'il s'agit. Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours eu la France en mémoire, j'ai toujours eu la France en tête. Je la ressens. Je pense à elle avec affection, comme je pense à ceux que j'aime. Je pense à la France comme à une personne, faite d'histoire, tissée de valeurs, avec ses humeurs, sa conscience et plus encore, je ne sais quel mot employer, avec un inconscient de peuple qui n'a rien oublié des siècles pendant lesquels il s'est formé.

Ce n'est pas seulement un peuple, c'est une nation, exigeante, idéaliste sans doute, ambitieuse. C'est une nation dont la marque principale est l'unté, et qui se projette au travers du temps.

"Je crois en la France", ce passage obligé des professions de foi électorale signifie en général: croire que la France a des atouts pour l'avenir. Et c'est vrai.

Mais pour moi, ce "je crois en la France" signifie d'abord que la France existe, qu'elle a son caractère propre, son visage, son identité, ses valeurs, ses racines et que tout cela n'est nullement en train de s'estomper et disparaître. Au contraire. Quiconque entreprendrait de l'effacer ou se laisserait aller à s'ignorer exposerait notre pays à bien des secousses, à bien des révoltes silencieuses, sourdes, avant de devenir explosives. C'est une nation qui n'est pas soudée par l'origine, par la race, ni même par la géographie. Au travers du temps, les Français du premier cercle ont été rejoints par bien des exotiques... Des exotiques de près, méditerranéens, italiens, espagnols, atlantiques, portugais, flamands; des exotiques de plus loin, d'Europe centrale ou des marches de l'Est, des descendants d'esclaves déportés d'Afrique, des Africains du Nord ou d'Afrique subsaharienne; des exotiques d'Asie, le monde entier s'unissant pour faire la France. Et le ciment de tout cela, c'est une langue, et ce sont des valeurs universelles. »

Et la suite porte sur ces valeurs universelles qui sont celles de la République, avec l'exégèse de sa devise, "liberté, égalité, fraternité", et de cette phrase de la constitution "La République est démocratique, laïque et sociale". On aura reconnu ce qui est presque le début de Projet d'Espoir, de François Bayrou (cela commence en bas de la première page).

Dans son "d'aussi loin que je me souvienne..." on aura reconnu une réminiscence du début des Mémoires de De Gaulle. Quand il parle de la France, François Bayrou est toujours un peu gaullien, comme si vivre profondément l'appartenance à la France aujourd'hui, c'était nécessairement rencontrer, sur ce point, De Gaulle; mais François Bayrou rencontre la France à sa manière, simple et sereine, sans cette rhétorique théâtrale dans le verbe, qui sent aujourd'hui son histoire, chez De Gaulle.

Ce texte a été écrit et publié avant la dérive électorale récente s'agissant de la Nation.

Chercher un antidote à la nausée, aux dérives récentes vers l'électorat de l'extreme-droite chez deux candidats qui croient que c'est en cédant à ses penchants, en lui disant ce qu'il a envie d'entendre comme ils le font à toutes les catégories de la population, en reprenant les thèmes de Le Pen qu'ils gagneront des voix, chercher cet antidote chez un centriste gaullien partisan de l'Europe qui parle de la France, peut paraître curieux. Il y a pourtant chez François Bayrou une conception apaisée, vécue en profondeur, de la France, à sa juste place, qui me rend ce qu'elle est cent fois mieux que les gesticulations électoralistes des deux autres. J'avais besoin de relire ce texte-là pour éviter la colère et la honte à la fois que suscitent les évènements de la campagne, qui dévoient l'idée même de la France. "Les révoltes silencieuses, sourdes, avant de devenir explosives" nous y sommes presque.

J'avais décidé de ne pas parler de ces provocations conjointes, l'une suivant l'un, parce que c'est manifestement cela que veut Nicolas Sarkozy, comme Le Pen, faire tomber la France dans l'affrontement, nous mettre en colère et finalement parler d'eux, parler de sécurité et d'immigration comme en 2002, et gagner les élections sur ces thèmes-là, en oubliant dans l'émotion tout le reste, le chômage, l'exclusion, l'école, l'environnement. Et j'avais envie de parler justement de ce qui n'est pas sur leurs lèvres, de ce qu'ils veulent faire oublier.

On veut nous pousser à vivre l'explosion pour pouvoir dire ensuite que la fermeté sécuritaire est nécessaire; les casseurs sont les meilleurs alliés de Nicolas Sarkozy. J'irais plus loin: Nicolas Sarkozy n'a jamais eu une si forte popularité que pendant les émeutes de 2005, il l'a compris, et comme il n'a aucun scrupule, il souhaite provoquer l'affrontement pour obtenir la popularité. Je crois qu'il ira se faire insulter à Argenteuil, se faire lancer des canettes, et déclencher une émeute pour gagner des voix.

J'avais décidé de ne pas en parler pour ne pas récompenser par l'expression de mon indignation (le mot est faible) les instigateurs de ce crime envers la société française, qui provoquent les violences et préparent les explosions pour en profiter dans les urnes. Et je ne condamne pas les policiers, qui là-dedans sont plutôt les victimes du système qu'on leur impose en les dressant à l'affrontement depuis 5 ans.

C'est en relisant ce texte que je me suis aperçu qu'il y avait mieux à faire que se taire: présenter la vision de la France de François Bayrou, comme antidote au dévoiement par les deux concurrents et Le Pen. Nausée, disais-je plus haut, quand ils parlent de la France, quand ils prennent entre affrontements et clowneries la France en otage. Parce que justement la France ne m'est pas indifférente, comme à tous les Français, et donc qu'elle soit prise en otage provoque en moi, je l'ai dit plus haut, colère et honte à la fois. Jusqu'ici seule l'extrême droite et la droite extrême osaient, et le supporter était déjà difficile, mais on pouvait compter sur les républicains: c'est fini. Comment ne pas provoquer de l'émotion quand il s'agit de la France?

Je me suis demandé pourquoi j'aimais la France, d'où cela venait dans mon enfance. Sans doute l'éducation familiale y était pour quelque chose, bien sûr; non qu'elle fût spécialement patriotique, au contraire, on ne parlait pas de la Nation, on la respectait simplement la France, avec naturel, dans les valeurs républicaines (je suis fils d'enseignants du public...); tout cela restait implicite - mais fort: la valeur de l'exemple. La génération actuelle de parents donne-t-elle aussi bien l'exemple? J'en doute souvent.

Le sport n'a jamais suscité chez moi d'engouement patriotique. La finale de la coupe du Monde 1998, elle a commencé à m'intéresser à la troisième mi-temps: un peuple rassemblé. J'ai longtemps pensé: que le meilleur gagne, et au fond, que ce soit la France ou non, qu'importe? N'y a-t-il pas aussi une sorte de dévoiement du patriotisme, parfois avec une légèreté de bon aloi, parfois gravement dans la violence, dans le comportement des supporters? De même, je n'ai jamais été un fanatique des défilés du 14 juillet.

Mais il y avait l'éducation nationale (enseignement public pour moi): les valeurs républicaines, on les sentait honorées, et pourtant je n'ai jamais appris la Marseillaise à l'école (si bien que je ne connais que le refrain, pour l'avoir entendu), ou suivi des cours d'instruction civique, ou fabriqué un drapeau (!).

La France, très tôt, je l'ai rêvée sur une carte, dans les cours d'histoire plus que de géographie, ces vieilles cartes suspendues par des crochets où l'on pouvait rêver le long des frontières et dans les couleurs, suivre les flèches des invasions, évaluer mentalement ce qui manque en se demandant pourquoi ça s'arrête là, au Nord, et pas un peu avant ou un peu après, dans cet espace d'une couleur différente.

La France, très tôt, je l'ai connue à travers sa langue, et par la lecture. Je lisais beaucoup, surtout des auteurs Français, et les valeurs, le caractère et les défauts mêmes qui sont la France passent dans la lecture des auteurs des siècles passés ou présents, dans le maniement de la langue, que l'auteur soit patriote ou non et dès les contes français qui .

Les livres qu'on aime vous constituent une patrie, et c'est d'ailleurs pour cela que ma patrie Française fût très tôt aussi doublée d'une patrie Européenne complémentaire de la première. J'aurais défendu volontiers, par exemple, avec toutes les raisons imaginables, de considérer comme Français certains auteurs Grecs, à commencer par Homère, lu d'abord dans des versions écourtées pour enfants puis en entier puis dans le texte grac et Platon, que j'ai lu en Français bien avant qu'on me parle de philosophie et que je l'étudie dans le texte aussi, en Terminale.

Je ressens donc comme profondément juste la définition de la patrie que donne François Bayrou. La France a bien un visage. Mais ce visage que vous voyez en vous-même, que vous voyez si vous faites la paix en vous, en quoi ressemble-t-il à ce que ces deux politiciens, trois avec Le Pen, donnent comme image de la France, à cet affrontement contre soi-même, à ces signes extérieurs de nationalisme, à cette pêche aux voix ? Ce visage profond de la France, lui, il est en paix. Quand à la société, c'est autre chose. Parlons donc au peuple de la société. Et l'état de la société mérite notre colère, notre colère envers les responsables qui ont mené à cette impasse-là notre société française.

mardi, 27 mars 2007

Et la politique étrangère?

On parle très peu dans la campagne des questions de politique étrangère. Le seul média qui fasse l'effort d'en parler, c'est son rôle, et ait offert à Bayrou l'espace nécessaire pour une émission sérieuse sur la question, est TV5 Monde.

J'ai particulièrement apprécié le ton, la qualité des intervenants - Français expatriés, journalistes étrangers, avec le regard distancié qui est celui d'un correspondant par exemple. L'on apprend ainsi autre chose sur François Bayrou que dans nos émissions étroitement nationales. Ce qu'il n'a jamais eu l'occasion de dire ailleurs...

 

mardi, 10 octobre 2006

"Au nom du tiers état" (Bayrou)

François Bayrou a écrit un livre qui sort ce mercredi, intitulé "Au nom du tiers état", recueil de dix discours antérieurs depuis 2002 avec une préface de 60 pages. Il y dénonce un pouvoir confisqué au peuple dans un ancien régime analogue à celui de 1788, où une oligarchie de puissants d'un même milieu combine pouvoir politique (RPR-UMP et PS), pouvoir économique, pouvoir médiatique, sans contre-pouvoir, avec nominations des copains et mépris pour le parlement, confusion des moyens des personnes et de ceux de l'Etat.

D'où la colère du peuple déjà plusieurs fois manifestée dans les urnes et la rue. "L'orage cherche sa foudre" dit Bayrou... j'ai apprécié l'image.

Il prône, on le sait, une révolution civique. Le mot de révolution est souvent moqué dans la bouche d'un centriste, et pourtant il a raison de faire l'analogie avec 1788, et pas seulement dans le diagnostic de la colère qui gronde; ce qu'il propose est bien de fait une révolution - dans l'organisation des pouvoirs et de la démocratie, mais pas seulement.  

Le diagnostic selon lequel le peuple d'Internet ne se laissera pas écarter ainsi et priver de sa juste place dans le débat et la décision (voir déjà la citation en exergue de ce blog) me fait particulièrement plaisir.

Supplément: dans vingt minutes, extraits de la préface, et interview.

mercredi, 17 mai 2006

Les alliances: la réponse de François Bayrou

Extrait du débat de censure à l'Assemblée (16 mai 2006)

Je sais bien qu’il y a la discipline de parti. Je sais bien qu’il y a les habitudes. Et je connais bien cette idée : « nous n’allons pas mélanger les voix avec le Parti socialiste et les communistes… »

Parlons en !

À gauche, interdiction formelle de parler avec la droite, interdiction écrite de travailler avec le centre. À droite, interdiction formelle de fréquenter la gauche. Entre les deux le mur de Berlin !

Puis-je rappeler à cet hémicycle que le mur de Berlin est tombé en 1989, il y a bientôt vingt ans. Et qu’il est tombé à Berlin où la droite allemande et la gauche allemande ont choisi, obéissant aux électeurs allemands, non seulement de parler ensemble, mais de gouverner ensemble.

Et quand il y avait le mur de Berlin, c’était justifié. Il y avait ceux qui acceptaient de partager les valeurs de la dictature soviétique, et ceux qui ne l’acceptaient pas. Mais il n’y a plus de dictature soviétique. De ce bloc, reste la Chine vers laquelle courent les multinationales.

Je sais bien qu’il y a la discipline de parti. Je sais bien qu’il y a les habitudes. Et je connais bien cette idée : « nous n’allons pas mélanger les voix avec le Parti socialiste et les communistes… »

Parlons en !

À gauche, interdiction formelle de parler avec la droite, interdiction écrite de travailler avec le centre. À droite, interdiction formelle de fréquenter la gauche. Entre les deux le mur de Berlin !

Puis-je rappeler à cet hémicycle que le mur de Berlin est tombé en 1989, il y a bientôt vingt ans. Et qu’il est tombé à Berlin où la droite allemande et la gauche allemande ont choisi, obéissant aux électeurs allemands, non seulement de parler ensemble, mais de gouverner ensemble.

Et quand il y avait le mur de Berlin, c’était justifié. Il y avait ceux qui acceptaient de partager les valeurs de la dictature soviétique, et ceux qui ne l’acceptaient pas. Mais il n’y a plus de dictature soviétique. De ce bloc, reste la Chine vers laquelle courent les multinationales.

Je suis en désaccord, et souvent en opposition avec le PS. Je n’exonère ce parti d’aucune responsabilité dans la crise que nous vivons. Je n’ai pas oublié la fin de François Mitterrand, je n’ai pas oublié les écoutes téléphoniques, où sur oukase on écouta des centaines de Français qui avaient déplu au Prince offensé. Comme aujourd’hui, c’était officines et compagnie.

Je n’ai pas oublié que les frégates de Taiwan, c’était sous un gouvernement socialiste.

Je ne me dissimule rien ni de leur passé, ni des différences que j’ai avec eux. Mais je ne considère pas les socialistes comme des ennemis, comme des intouchables .

De même je suis souvent en opposition avec l’UMP.

Je suis en désaccord radical avec l’idée d’un parti unique. Je sais pourtant que beaucoup de Français que j’estime ont cru à ce choix.

Je suis en désaccord, mais ce désaccord ne fait nullement pour moi de ce parti un ennemi.

Ce que je considère comme ennemie, c’est la malédiction qui interdit de se parler en France, même quand on est d’accord, sous prétexte qu’on n’a pas la même étiquette.

Dans la société du XXI° siècle, le pluralisme gagne partout, dans les familles, dans les genres de vie, dans l’entreprise. Le pluralisme et le respect réciproque.

Le seul endroit où le pluralisme n’est pas accepté, c’est dans le lieu même du pluralisme, à l’Assemblée nationale où pourtant la France, dans sa diversité, est censée être représentée, se représenter !

Eh bien, en effet, je franchis un pas : j’accepte de voter, dans des circonstances nationales graves, avec des gens qui sont différents de moi. Je ne renie rien de ces différences, mais je les fais passer après l’intérêt national.

Et même, j’envisage dans l’avenir, lorsque viendra le moment de reconstruire notre pays, de travailler avec des gens différents de moi, d’un bord et de l’autre, non pas pour sanctionner, mais pour construire.

Ma conviction est en effet que nous sommes descendus si bas, nous sommes allés si loin dans la décomposition qu’il faudra rassembler, pas seulement du centre, mais de droite, de gauche, pour garantir aux Français que la République nouvelle sera la République de tous et non pas la République des amis.

Et on croit que c’est une révolution ? On hurle quand on entend ces mots ! Mais sur les 36 000 communes de France, combien sont gouvernées ainsi en rassemblant les différences, et non pas en les accusant !

Et cela a été le choix de notre histoire. Ce fut le choix du général de Gaulle. Et ceci fut le choix de Robert Schumann. Et ceci était le choix de Pierre Mendès-France. C’était le choix de Chaban. Et c’était le choix de Valéry Giscard d’Estaing, avant qu’on ne le contraigne à se replier sur un camp, et donc à perdre. Et ceci était le choix de Michel Rocard, nous le savons bien. Et c’était le choix de Jacques Delors. Et c’est le choix de millions de Français, choix qu’ils ne peuvent imposer, parce qu’on ne leur propose que simplismes et haines de camp.

Et quand en 2002, Jacques Chirac a été élu à la présidence de la République, avec -faut-il le rappeler ?- plus de voix de gauche que de voix de droite, personne n’est allé le traiter de « petit supplétif de la gauche » !

Parce qu’il y a une idée de la France et de la République qui dépasse les idéologies. Il y a des principes sur lesquels on doit s’accorder, surtout quand ça va mal, à condition qu’on se respecte pour ce qu’on est. On ne gouverne pas un pays avec une minorité, pour une minorité. On gouverne un pays avec une base large et pour obtenir une base large il faut rassembler des courants différents !

Sur la sixième république: position de François Bayrou

Débat de censure à l'Assemblée (16 mai 2006):

(...) la mise en cause du gouvernement, elle ne s’adresse pas seulement à ce climat de rivalité haineuse.

Elle s’adresse à l’utilisation de l’Etat dans cette guerre de clans. Les services secrets de notre pays, dans leur dimension intérieure et extérieure, la DST, la DGSE, l’officier général chargé des opérations spéciales, sans que personne puisse savoir qui vise qui, qui utilise qui, qui manipule qui.

La Ve République vit avec cette pratique depuis trop longtemps. Et cette pratique est une tare de la République. Comme si l’Etat, le plus enivrant dans l’Etat, c’était cela, les secrets de police, les notes blanches, les petits secrets que l’on savoure et dont, à l’occasion, on se sert. Et cela devient, ouvertement, un objet de pouvoir. Et on peut entendre, au moment de la formation du gouvernement, un ministre de l’Intérieur dire qu’il revient au pouvoir pour « reprendre en main les services secrets ». Et on annonce triomphalement qu’il l’a fait.

Tout cela sur fond de terribles affaires financières, dont on prononce le nom en baissant la voix, les frégates de Taiwan, les avions de combat, parce qu’elles ont entraîné des détournements d’argent inouïs, et un chapelet d’assassinats, affaires dont un ancien ministre de la défense, Alain Richard, vient de parler en termes non voilés.

Les Français ne veulent plus de cette République noire.

C’est donc en apparence une affaire d’Etat, à laquelle on ne comprend rien. Mais en réalité, c’est bel et bien une crise de régime.

Car la vraie question est : comment la France, républicaine depuis deux siècles, a-t-elle laissé se développer de telles dérives ?

Nos institutions auraient dû les détecter et les réprimer.

Car les institutions de la démocratie ne s’adressent pas à des hommes vertueux. Elles s’adressent aux hommes comme ils sont, tous, c’est à dire plus ou moins fragiles et sujets à la faiblesse.

Et les institutions sont là pour poser les garde-fous qui empêchent ces faiblesses de s’installer et de tout corrompre.

Les penseurs de la démocratie libérale l’ont pensée précisément pour écarter ces dérives banales que sont la corruption, l’abus de pouvoir, l’appropriation de l’Etat, l’opacité des comportements.

Nous avons un virus dans notre démocratie, qui empêche la démocratie de se défendre : c’est l’absolutisme. Et la démocratie est incompatible avec l’absolutisme.

Il y avait de l’absolutisme chez de Gaulle. Parfois même un absolutisme ébouriffant, comme une nostalgie de la monarchie de droit divin. Il y a ce discours fameux de 1964 : « il n’est aucune autorité dans la République, ni civile, ni militaire qui ne soit conférée et maintenue par le Président de la République »…

Mais c’était un absolutisme tempéré par le référendum. On le vit bien en 1969. Le pouvoir n’était pas un chèque en blanc, puisque le peuple était appelé, à intervalles réguliers, à valider sa signature. Si la confiance manquait, le président s’en allait.

Aujourd’hui, et depuis des décennies, nous avons le pire des absolutismes : l’absolutisme dissimulé, sans contrôle, l’absolutisme d’autant plus pernicieux qu’il est caché.

Absolutisme et dissimulation. Apparemment, la séparation des pouvoirs existe. Apparemment, l’autorité judiciaire est indépendante. Apparemment, les autorités de contrôle sont libres. Apparemment, c’est le Parlement qui vote les lois et contrôle l’exécutif. Apparemment…

Mais la réalité est tout autre. Le pouvoir exécutif n’est pas le pouvoir exécutif. Il est à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, il vit dans l’intimité avec les autorités de contrôle qu’il nomme souverainement, il multiplie les manœuvres pour contrôler le judiciaire (il faudra expliquer par exemple ce que signifie dans les carnets du Général Rondot cette phrase sibylline à propos du juge Van Ruymbecke en juillet 2004 ‘faire le passé de son père’).

Qui contrôle l’Elysée, dans cette République absolutiste, contrôle la majorité, surtout lorsqu’elle a pris l’engagement écrit d’obéir et nomme à tous les emplois de l’Etat.

Et quand il advient pour porter l’absolutisme à son comble que toutes les majorités, dans toutes les Assemblées, appartiennent à un seul parti, il n’y a plus aucun contre-pouvoir. Les gouvernants n’ont plus aucune obligation de discuter, de consulter, d’entendre, de convaincre. Ils pensent pouvoir agir à leur guise. Et vous avez le CPE !

Dans la République absolutiste, il n’y a plus qu’un but politique : contrôler le quartier général. À partir de quoi, on installera ses hommes partout, ses réseaux partout. Tout le pouvoir pour un clan et qui n’est pas avec moi est contre moi. D’où l’état de guerre intestine, la guerre des clans pour contrôler l’Etat.

Cela, pour des députés du peuple, des députés républicains du peuple républicain français, cela devrait être réprouvé et banni.

Ce régime, regardez le bien, ce régime sous la gauche et sous la droite, regardez ses échecs perpétuels, répétés, ce régime, c’est un ancien régime. Et il faut que la vigueur et la rigueur du peuple français en fasse réellement un ancien régime.

samedi, 13 mai 2006

Le discours de François Bayrou au Colloque sur l'Europe

Nous analyserons en détail sur ce blog les différentes contributions des intervenants. Mais nous commençons pour sacrifier à l'actualité par un simple compte-rendu du discours très attendu que François Bayrou a tenu à 16h30 ce samedi 13 mai, en salle Jean Lecanuet au siège de l'UDF, lors du colloque de l'UDF sur l'Europe. En cette occasion, il a précisé la ligne de l'UDF pour les mois à venir et son programme présidentiel sur les questions européennes, en privilégiant l'exigence de démocratie et l'écoute des peuples tels qu'ils sont et en esquissant les conditions d'une véritable intégration européenne.

compte-rendu

"un étrange sentiment de bonheur"

Pourquoi, s'est demandé François Bayrou devant cette salle "chaleureuse dans tous les sens du terme" ("je vous libère du sauna", a-t-il dit en sortant), pourquoi ai-je été aussi heureux aujourd'hui? Parce que c'est la première fois depuis onze mois et demi que l'on parle d'Europe positivement, qu'elle est regardée non comme une contrainte ou à travers sa crise vécue comme une fatalité, mais "comme un horizon qui peut s'éclairer".

Le message à porter: "L'Europe est de retour", malgré l'accident du référendum, pour nous.

Les 45% de Français qui ont voté oui, a constaté François Bayrou, "n'ont plus de porte-parole dans le débat politique français" (ou presque). Il a rappelé qu'il avait aussi existé des non de partisans de l'Europe y compris dans cette salle (et joué à suivez-mon-regard), et cité pour donner la dimension du défi à relever deux chiffres tirés de sondages de moins de deux semaines: à un premier sondage "faut-il une constitution européenne?", oui 65%; à un second "s'il y avait aujourd'hui un référendum sur le TCE, quel serait votre vote?" oui 27%!

affaire de foi et nécessité

D'abord, François Bayrou a voulu montrer qu' "il n'est aucun sujet de notre avenir national qui puisse trouver des solutions heureuses, satisfaisantes pour les Français, sans dimension européenne" et que l'Europe n'était pas qu' "une affaire de foi", mais aussi de nécessité.

Ayant relu les grands chapitres des colloques déjà traités par l'UDF, il a pu relever que dans chacun, "l'Europe est la clé" et donné des exemples:

- la croissance: dans une zone à monnaie unique, "la politique de croissance doit être concertée" et il faut la décider dans la zone euro; il a remarqué que l' "obligation de démocratie" s'imposait, et donc qu'il fallait "associer les citoyens" à la détermination de cette politique;

- l'énergie: la sécurité et la diversification des approvisionnements relève d'une politique européenne; face au choix fait par la Russie de "repolitiser la fourniture d'énergie", la réponse n'est pas dans une série de rencontres bilatérales, et "la dimension politique de l'Europe reste essentielle";

- l'environnement: quand bien même nous serions parfaitement vertueux en France dans le respect de nos engagements dans le processus de Kyoto (et ça n'en prend pas le chemin, a-t-il remarqué), l'atmosphère française ne dépend pas que de nous seuls (les vents ne s'arrêtant pas aux frontières...) et pour la protection de l'atmosphère, la régulation des effets de serre, l'Europe a un rôle indipensable à jouer; qui plus est, il y a des effets sur la vie quotidienne de chacun des mesures à prendre, il y a donc une dimension démocratique indispensable;

- la régulation des mouvements de population dans l'espace européen, puisqu'il est sans frontières, relève aussi d'une politique européenne (sauf à vouloir revenir à des frontières imperméables avec leurs douaniers, qui, a-t-il ajouté, ne sont pas imperméables d'ailleurs, s'il en croit en tant que Pyrénéen le nombre de contrebandiers qu'il a connu autrefois).

Ce n'est donc pas une affaire de foi seulement, mais bien de nécessité: "Le projet européen n'est pas seulement un idéal, mais une obligation."

causes du non

Il y a "décalage avec la conscience des citoyens" et le point où en est la France. Insistant sur la nécessité de "ne pas économiser la lecture des causes du non", de "voir clair sur cette crise de confiance", il estime que la crise est due à la perception de la modernité.

"Les Français ont perçu que leurs gouvernants voulaient leur imposer un projet qui ne correspondait pas à leurs valeurs." et ils ont émis un "refus de la confiscation par des experts du choix de société". La dimension du projet marchande et financière ne correspondait pas aux valeurs et aux attentes des Français.

Ceux-ci ont d'autant plus dit non qu'ils se sentaient en déphasage avec l'évolution du monde: les centre-villes (où l'immobilier est souvent cher) ont massivement voté oui, Paris est la ville qui a voté le plus oui; les banlieues et le monde rural ont massivement voté non. Cela dit quelque chose sur notre pays. On a souvent dit que les gens avaient été abusés, mais il y a des raisons différentes, qui ne sont pas étroitement corrélées au niveau de salaire, mais au fait que les Français se sentent bien ou non dans le mode actuel.

C'est une souffrance pour nous, ajoute François Bayrou, car l'Europe a été faite justement pour répondre à leurs attentes, l'Europe a été conçue comme "un moyen pour écrire l'avenir, pas pour le subir", pour "maîtriser son destin", pour définir un "projet de société non soumis aux impératifs du monde", "pour défendre un projet de société en résistance avec les valeurs dominantes dans le monde".

On ne peut pas se contenter après le référendum de reprendre ce projet, "on ne peut pas se contenter de bricolage", et François Bayrou se prononce contre une ratification parlementaire avec quelques détails modifiés (comme S. Royal et N.Sarkozy l'ont proposé) car "ce choix soumis au peuple ne peut-être changé que par le peuple", sans quoi l'on nourrit l'opposition à un projet imposé.

simplification nécessaire à la démocratie

L'axe clé, pour François Bayrou, c'est la simplification, par son caractère démocratique. Ce texte a été rejeté car illisible et incompréhensible même pour un lecteur très averti - qui a lu les 300 pages, demande-t-il à la salle? et maintenant qui s'en souvient? (si je vous faisais passer un test, dit-il à ceux qui ont levé le doigt la première fois, il y aurait peut-être des surprises...) Mais ce n'est pas tout, il faut encore comprendre comment marche l'Europe.

Aucun d'entre nous, élus compris, n'est jamais informé de l'agenda européen, reproche-t-il; aucune décision ne devrait pouvoir être prise sans que tous soient informés par des placards dans les journaux six mois à l'avance: il faut respecter le temps lent qui est celui des citoyens, les délais pour que le citoyen s'y investisse.

La formation civique à l'UE est nécessaire pour tous, et non seulement pour les enfants, et doit donc être faite à la télévision, pas seulement à l'école. Ainsi, l'Europe serait une maison et non plus un labyrinthe, et le simplification est nécessaire pour que cette formation soit possible.

Il faut dire ce que l'Europe est, à quelles attentes elle répond, et donc faire commencer la constitution par un texte plus riche que la déclaration qui s'y trouvait, et la faire suivre de règles simples.

François Bayrou estime qu'il faut exiger que les pays qui ne se sont pas prononcés se prononcent au lieu de faire l'économie d'un débat interne et le leur demander, qu'il ne faut pas se mettre un bandeau sur les yeux pour ne pas voir la réalité. "C'est avec des peuples réels que nous avons à travailler, pas avec des peuples souhaités."

Tout dépendra en France si le peuple se trouvera face à un homme politique avec qui ils pourront parler de leurs angoisses ou avec des "gens qui peignent la réalité". Il faudra retrouver l'inspiration européenne.

François Bayrou suggère une consultation européenne en aboutissement aux élections européennes de 2009, "occasion de reprendre principes, raisons et règles", avec des rendez-vous institutionnels à partir du moment où il y a des adhésions supplémentaires. .

le cadre futur de l'Europe

François Bayrou marque un désaccord profond avec ceux qui pensent que les problèmes se résorberaient avec un condominum des gros pays, et que les petits suivraient (thèse de Sarkozy); à son avis c'est une double erreur:

- parce que la France s'est battue historiquement pour que l'influence ne soit pas fonction du nombre d'habitants, et que si cette règle s'appliquait dans le monde elle y serait automatiquement marginalisée; il ne faut pas appliquer en Europe un principe que nous refuserions pour l'organisation du monde - et François Bayrou de donner l'exemple du Luxembourg, bien plus puissant que sa taille ne l'y autoriserait, pour prouver que les gros pays ne sont pas forcément les plus puissants (allusion bien comprise par la salle);

- parce que reconnaître la même dignité aux petits pays qu'aux gros est l'une des valeurs de l'Europe: "nous sommes tous des concitoyens de l'Europe" ; ce n'est pas le nombre qui fait la qualité, selon les valeurs européennes, et François Bayrou ajoute que c'est un principe fondateur du fédéralisme.

L'évolution vers le futur de l'Europe exige un cadre plus large qu'aujourd'hui. A ce moment du discours, François Bayrou (en présence de Sandro Gozi, bras droit de Prodi qui est venu au colloque intervenir et soutenir l'UDF) indique que c'est une chance que Prodi vienne d'être élu à la tête du gouvernement d'un des pays fondateurs de l'union, lui qui est un européen convaincu, à la place d'un eurosceptique comme Berlusconi "et j'espère que dans un an la France pourra en dire autant".

Sinon, dit-il, dans quel cadre politique, démocratique l'intégration peut-elle se réaliser? Il y a urgence d'une réflexion en France comme celle qu'a commencé Guy Verhofstadt (premier ministre belge, auteur d'un livre sur la question). On ne doit pas laisser tomber l'intégration sour le prétexte que le référendum a été perdu.

Les pays qui ont adopté l'euro ont fait un pas vers l'intégration qui leur impose de réfléchir à l'intégration politique et démocratique. Si certains renoncent, ils ont légitimité à reprendre le flambeau; il faut assumer la démocratie autour de l'euro.

La question des frontières peut s'envisager autrement s'il y a une "Europe intime": on peut ouvrir davantage à ceux qui n'appartiennent pas à cette intimité. La piste proposée est celle de la "fédération dans la confédération", formule de Mitterand. Le cœur plus fortement intégré serait inclus dans une Europe acceptant des contraintes moindres et des règles de droit entre eux qui pourraient être celles du traité de Nice.

Le pire serait que ceux qui veulent construire une Europe plus forte soient réduits à l'impuissance parce que l'élargissement s'est fait avant l'approfondissement; faire l'approfondissement d'abord, "ce n'était pas seulement une précaution, c'était une fidélité à l'idéal européen, au projet européen".

foi chevillée au coeur

"Rien ne se fera si ceux qui dans un an auront la charge de l'Europe n'ont pas chevillée au coeur cette foi." La France comme l'Europe en manquent et elles ont besoin l'une de l'autre. 

Il faut assumer la réalité de l'intimité: dans les gouvernements où l'Europe a trop souvent droit à un secrétariat ou un ministère délégué, dans les programmes où l'Europe n'est pas l'un des chapitre mais une dimension de tout choix qui construira.

Aucun conseil européen ne devrait avoir lieu sans que ceux qui y participeront viennent devant le Parlement dire quelles seront leurs positions. Simplicité mais aussi transparence: savoir de quoi on parle en Europe et quelles positions la France va défendre serait un bouleversement!

"Il n'y aura pas d'avenir pour la France sans dirigeant ayant chevillée au corps la foi en l'Europe."