vendredi, 11 mai 2007

Plat de lentilles contre droit d'aînesse

On l'a beaucoup entendu ces derniers temps, le baratin des députés UDF qui partent pour former un parti croupion de l'UMP. On ne me dira pas que Charles de Courson signe avec ferveur l'engagement de voter tous les futurs budgets du gouvernement, lui qui tenait tant à une critique impitoyable des budgets gouvernementaux, et insistait sur l'infidélité, la dette et le reste jusqu'à hier. On ne me dira pas que Leroy ou Morin qui ont voté la censure du gouvernement Villepin sont satisfaits de signer l'engagement de ne plus voter la censure, quoi que fasse le gouvernement. Et tous les autres qui furent si heureux d'être libres de voter en conscience, sont-ils du jour au lendemain contents d'être caporalisés?

Tout le monde sait bien qu'il s'agit pour eux d'abord d'être réélus, et pour certains d'obtenir un ministère. Ils vont pour cela jusqu'à renier leurs convictions, et inventent des arguments dont personne n'est dupe, caricaturant l'UDF aujourd'hui autant qu'ils l'ont défendue hier, alors que ses positions n'ont pas changé. Ils nous inventent des intentions que nous n'avons pas ou des règles (mode de scrutin et autres) qui prouvent qu'ils ont eu tort, si l'on suit leur raisonnement, de résister à l'UMP et de rester libres depuis 5 ans.

Comment ne pas être en colère, alors qu'il y a près de 7 millions d'électeurs qui attendent d'être défendus, qui veulent voir les engagements pris tenus, de voir ces députés se laisser manipuler ainsi par les sarkozystes comme des enfants? Comme s'ils défendaient leur propre intérêt, alors qu'ils ne défendent que celui de Sarkozy! Alors qu'ils ne font que s'éloigner des électeurs qui peuvent les élire! Comment les électeurs de François Bayrou oublieraient-ils la trahison; comment pourraient-ils voter pour eux, y compris ceux qui furent autrefois du centre droit?

Et ils inventent tout et n'importe quoi pour faire semblant, comme Robien et Santini hier, de partir de l'UDF pour des raisons honorables, politiques. En fait il n'y a pas de vraies raisons politiques; leur intéressement direct est percé à jour par tout le monde. Et qui peut vouloir d'un député carriériste à ce point qu'il en oublie ses convictions et les électeurs qui ont porté leur combat? Oh, je ne me fais pas d'illusions, la grande majorité des socialistes et des UMP de France sont tout aussi capables d'abandonner leurs convictions en rase campagne dans cette situation, ils ont l'avantage, simplement, de ne pas être confrontés à ce dilemme-là. Mais nous nous devons de rompre avec ces pratiques.

Je souhaite qu'il y ait des candidats du Mouvement Démocrate contre ces députés; simplement parce que, sinon, les militants abandonnés par eux et les électeurs de François Bayrou n'auraient pas de représentant fiable pour porter leur parole: pensons à eux. Je souhaite, surtout, que les députés entrants du Mouvement démocrate rompent, eux, avec tout ce système. Je préfère, finalement, penser aux autres, aux futurs députés, à ceux qui nous défendront. A ceux aussi qui sont restés fidèles et nous montrent une admirable sérénité: un petit exercice d'admiration en ces temps de détestation fait du bien. Citons les plus fermes d'entre eux, outre Bayrou: Artigues, Comparini, Vignoble, Lassalle. Ecrivez-leur, soutenez-les (adresses colonne de gauche).

Nous aurons besoin de députés du Mouvement démocrate. Il y en aura, mais il en faudrait beaucoup, pour que la rupture avec le système antérieur soit nette. Nous ne manquons pas de militants - aucun n'a suivi les députés soumis à l'UMP - ou d'électeurs - ceux de François Bayrou approuvent toujours sa démarche. Nous avons donc les moyens d'avoir des députés. Nous aurons contre nous les médias comme d'habitude, le PS et l'UMP dont aucun n'a d'intérêt à nous voir émerger, comme d'habitude, le gouvernement comme d'habitude, les puissants de toute nature comme d'habitude. Au combat! C'est plus que jamais nécessaire, venez militer avec nous sur le terrain, aidez-nous à résister, ne vous contentez pas d'adhérer.  

samedi, 28 avril 2007

Alliance Démocrate: encore l'Europe

Le nom de notre futur parti, définitif semble-t-il, devrait être Alliance Démocrate. On a échappé heureusement à Alliance Démocratique (parti du centre très honorable jusqu'à la participation de certains de ses membres au régime de Vichy en 1941-1943 que la participation d'autres à la résistance ne suffit pas à faire oublier). Le mot d'Alliance est malheureusement un peu connoté centre droit ou droite (comme Union, Rassemblement, etc) contrairement à parti, mais les initiales AD ne choqueront en tout cas personne et il signalera en tout cas bien notre volonté de rassembler le centre.  

La référence est bien sûr Européenne: nous sommes membres du groupe ADLE au parlement européen (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe), dont nous sommes la "part démocrate", celle issue du parti démocrate européen fondé avec l'UDF, la Marguerite de Prodi et Rutelli, et d'autres partis européens; Geremek y appartient aussi.

 

mercredi, 11 octobre 2006

Laguiller avec nous!!

Chacun conviendra que Aphatie est généralement un interviewer particulièrement ennuyant. sur RTL, avec ses tendances à imposer ses préjugés quoi que puisse dire son interlocuteur et son faible (et le mot est faible) sens des nuances. Mais l'interview de François Bayrou qui vient d'avoir lieu à propos de son livre, Au Nom du Tiers Etat, est le contre-exemple même des interviews habituelles d'Aphatie. Et pour cause: ce n'est pas une interview, mais une attaque en règle d'Aphatie contre Bayrou qui a répondu, oh combien, au cours d'un véritable duel où Aphatie au lieu d'interroger est complètement partie prenante; Bayrou ne se laissant pas faire comme tant de politiques, il y a du spectacle. Non préparé, certes, car c'est sur la provocation initiale d'Apathie que le débat dérape - Bayrou serait Laguiller! - et tout de suite s'emballe; un vrai combat.

Et du coup le visage même d'Aphatie est visible - ou plutôt audible-, révélé à l'auditeur. Il se fait dire quelques vérités particulièrement agréables pour ceux qui le pensaient depuis longtemps comme moi - oui, il est partisan; oui, il défend le système qui règne aujourd'hui en France en bon conservateur; non, il n'entend pas vraiment ce que disent ses auditeurs; oui, il ment sciemment à l'antenne et sans pudeur... - et ceci en sus: je n'ai pas envie de suivre votre calendrier, mais le mien (qui vaut pour l'ensemble des journalistes dans l'esprit de Bayrou). Voilà quelques vérités à l'antenne, dit Bayrou.

Par la même occasion, Apathie amène Bayrou à répondre résolument à ces arguments foireux qu'on répète sur les forums et que le pauvre journaliste reprend faute de mieux. Jusqu'à faire comme si Lagardère lui offrait un cadeau en éditant son livre, alors que ce sera un best-seller! On sent là, même si c'est involontaire de la part du journaliste qui aimerait bien trouver un argument qui porte ou du moins qui arrive à convaincre les auditeurs, qu'il y a une immense différence entre Bayrou et la grande majorité au moins de la classe politique, qu'il y a une parole sincère et assumée chez lui; de quoi balayer de nombreux doutes. Encore quelques provocations comme celles-là ou celles de Chazal et plus personne ne pourra parler de centre mou ou le confondre avec les UMP et PS... Continuez les attaques, ô aphaties du PAF! Et bravo François!

NB: et la tentative de défense d'Aphatie sur son blog est vraiment pitoyable...

Supplément: Début du livre: « C’est un peuple qu’ils croient sans importance. Presque un peuple en trop. Un peuple gênant. Ainsi le vivent les pouvoirs, et le considèrent les puissants. Le même mal ronge et court depuis des années, préparant à chaque élection, à chaque consultation, sa surprise, l’irruption du peuple indocile dans le concert bien ordonné de la pensée préfabriquée. »

lundi, 09 octobre 2006

Sortons la calculette (suite)

L'AFP a une façon très particulière de décrire la réélection de la liste d'Alain Juppé à Bordeaux. Bien sûr, on pourrait en faire une analyse plus politique, mais je ne résiste pas à l'idée de critiquer l'AFP. Sortons donc nos calculettes.

"Le score enregistré par M Juppé est le meilleur qu'il ait obtenu lors d'élections municipales à Bordeaux": en exprimés, certes (56,24% hier contre 50,96% en 2001 par exemple) mais en inscrits, non: il y avait plus d'abstention hier qu'en 2001, 55,2% contre 45%, d'où 25,2% des inscrits hier et 28% en 2001. Si les résultats de Juppé sont en progrès en pourcentage, c'est seulement que la gauche et l'extrême-gauche (l'extrême-droite ne pesant guère) se sont davantage abstenus que la droite et le centre.

Rectificatif important en vue des futures législatives et municipales, soit dit sans diminuer le fait que Juppé a bel et bien gagné. Il me semble aussi important de raisonner en inscrits pour une autre raison: on se rend compte de ce que représentent réellement les grands partis qui ne dominent la vie politique qu'en raison de l'énorme abstention du peuple depuis des années.

FN+MNR c'est 5,85% des exprimés en 2001, soit 3,2% des inscrits (heureux Bordelais) et en 2006, le FN c'est 6,15% des exprimés, soit 2,75% des inscrits: pas de progrès non plus de ce côté. Et la gauche?

AFP: "La liste PS-PCF (...) a obtenu 25,20 % des voix, en nette progression par rapport à 2001 quand la liste (...) avait obtenu 19,99%.": en inscrits, là aussi, 11,3% en 2006 contre 11%. Ce n'est pas flagrant... d'autant qu'il y avait en 2001 deux listes divers gauche (5,5% des exprimés) absentes en 2006, et toute une kyrielle de listes d'extrême-gauche qui faisaient 8,2% des exprimés en 2001 contre 2,1% à la seule liste (LCR) en 2006. Exit la progression! C'est du maquillage que de prétendre qu'il y a progrès au PS. Et cela confirme que pour juger, il ne faut pas regarder une seule liste, mais l'ensemble des listes, et ne pas regarder les exprimés sans tenir compte de l'abstention.

Cette dépêche et notamment le "progrès" inventé de la gauche socialiste a été reprise dans nos quotidiens ce matin... de là à ce qu'il suffise de glisser n'importe quelle interprétation tendancieuse dans l'oreille du correspondant de l'AFP à Bordeaux pour qu'il le répète sans vérifier, et sans doute pas qu'à Bordeaux, il n'y a pas si loin. Nous serions fort tentés d'y croire. Et nous revendiquons donc une méfiance nécessaire envers les dépêches d'agence. Heureusement, il reste internet, et nous avons une calculette.

 

jeudi, 05 octobre 2006

Oubli de l'UDF: un hasard?

Un article du Monde sur le réacteur EPR à construire donne, dit-il, les positions des présidentiables: Sarkozy, "les présidentiables du PS" sans distinction précise, Villiers, Voynet, Jean-Marie Le Pen, Besancenot, puis le PCF (qui est pourtant un appareil et non un présidentiable, m'enfin...). Et l'UDF? Mais elle n'existe pas, l'UDF, bien sûr.

Pourtant, l'article annonce que "Sarkozy est le seul à soutenir le projet du gouvernement", ce qui suppose de donner la position de tous les autres... Encore une manière suspecte de rédiger un article!

mercredi, 04 octobre 2006

La mare aux grenouilles

Il y a quelques jours, Thierry Solère (UMP) publiait sur son blog un article venimeux sur Pierre-Christophe Baguet (UDF) qu'il a depuis supprimé de son blog. C'est que chacun des deux veut être député de Boulogne, circonscription de Baguet. A première vue, cela aurait dû donner des primaires logiques. Je conseille à ceux qui s'intéressent à ce genre de grenouillages de lire l'article du parisien de Solère. De quoi nous dégoûter des Hauts-de-Seine, le département de Sarkozy. La substance est simple: on menace le député de rétorsions (habitude à l'UMP); si Baguet proclame qu'il votera pour Sarkozy, "un accord pourra être trouvé" (!), sinon il y aura un candidat contre lui. Que croyez-vous qu'il se passe? Ce matin, Baguet déclare dans le Figaro qu'il appelle à voter Sarkozy, bien sûr.

Le meilleur moyen de voler leur choix aux électeurs est toujours de s'entendre dans les coulisses. De dégoûter les électeurs aussi. Ils ne veulent plus de ce genre de pratiques qui suffirait à les dégoûter de monsieur Baguet, même s'il n'avaient pas d'autres raisons. Il serait souhaitable que l'UDF exclue Baguet tout de suite au lieu d'attendre; qu'il aille à l'UMP comme les autres traîtres, et choisissons un candidat UDF qui défende vraiment nos couleurs. Cela permettait de mettre la section en ordre de bataille à temps et de donner un avertissement clair à ceux qui seraient tentés par ce genre de grenouillage ensuite. Nous ne pouvons pas nous permettre de traîner ce genre de poids pendant la campagne, et encore moins de l'investir après ce genre de déclaration. Comment voter pour un candidat qui vote Sarkozy quand on est UDF?

Petit supplément: il semble que Baguet sera exclu sans traîner; tant mieux. Sa situation ne sera pas enviable: aux législatives, les militants UDF de Boulogne le considéreront comme un traître, auront leur propre candidat et seront tout disposés à le faire perdre en votant pour un autre si leur candidat n'est pas au second tour; les militants UMP se souviendront qu'il a été élu sous l'étiquette UMP en 2002 avant de s'inscrire au groupe UDF et n'est venu à l'UMP qu'après son exclusion de l'UDF et seront donc très disposés à le faire perdre, et même à accueillir un dissident de l'UMP qui leur offrirait un autre choix, comme au hasard Thierry Solère; enfin, il n'a pas le soutien du maire, Fourcade, qui s'oppose à Sarkozy. Et aux yeux de tous les électeurs, cet homme qui n'est déjà pas très apprécié localement, autant que je puisse en juger de loin, passera pour un double traître prêt à toutes les déloyautés pour avoir un poste, et seront aussi très tentés de voter ailleurs. Si Baguet est le seul candidat UMP, l'UDF a une bonne chance de gagner.

Second supplément:  je partage entièrement le point de vue de Daniel Riot sur ce "non-évènement".

mardi, 03 octobre 2006

Mais que font-ils, nos députés?

Le 28 septembre, l'Express a publié un dossier sur l'assemblée nationale, sous le titre députés sous influence, qui est celui du livre et du blog qui vient de naître de Vincent Nouzille et Hélène Constanty, avec une interview vidéo de ces auteurs qu'il faut écouter pour comprendre entre autres un classement annexé des députés. En parler est utile.

D'une part, ce livre signale que des lobbies sont liés à chaque député et permet ainsi de se méfier de ceux qu'on envoie à l'assemblée quand c'est nécessaire. On se souvient, entre parenthèses, que la campagne législative d'Hervé de Charette avait été financée par des entreprises de travaux publics juste avant qu'il ne soit nommé ministre des transports, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres: cela a-t-il été vraiment neutre sur les choix de marchés publics ensuite? On sait, par exemple, que l'UDF comporte le spécialiste du lobby des fabricants de tabac, André Santini. Il ne s'en est jamais caché, y compris envers le grand public! S'il y a un lobby tabac, il y a aussi un lobby des multinationales qui vendent des patches anti-tabac (certes moins dangereux pour la santé), etc. Et si l'on parle d'amendements Vivendi dans la loi Dadvsi, ce n'est pas un hasard. Il est d'ailleurs intéressant de voir qui finance certains colloques.

Cela dit, crier au complot généralisé est, en France, discutable aussi: nombre de députés ne sont liés à aucun lobby, et les contraintes politiques sont bien plus fortes que ces solidarités-là. Cela mérite donc une étude précise député par député plutôt qu'une accusation générale. La plupart d'entre eux ne s'en cachent pas d'ailleurs quand ils représentent un lobby, très souvent parce qu'il est lié à l'intérêt de leurs électeurs: ainsi un député qui a sur sa circonscription une usine chimique classée Seveso tiendra à ce qu'on ne l'accable pas trop pour que l'emploi reste sur place, par exemple, et ceux qui ont des pêcheries sur leur circonscription tiendront à défendre les intérêts des pêcheries. C'est au fond assez logique, et une des raisons qui pourrait justifier la passage à la proportionnelle, d'ailleurs, les députés étant moins liés aux entreprises présentes sur un territoire ainsi.

Ce qui serait beaucoup plus utile peut-être serait d'analyser les lobbies liés à nos futurs candidats à la présidentielle, à eux-mêmes et à leur entourage, conseillers de l'ombre ou principaux lieutenants politiques. Ce serait le prolongement logique de ce livre. On sait déjà dans le grand public les liens de Sarkozy avec Bouygues, Lagardère, Dassault, qui tiennent de grands médias, mais aussi des groupes d'armement et de travaux publics. Cela concerne aussi la moitié des grands groupes français: Arnault, Pinault, Bolloré, etc. Toutes les grandes entreprises ont, dans le monde actuel, intérêt à être soutenues par l'Etat français à l'étranger comme dans les réglementations européennes, et donc par l'un des futurs présidents possibles. Elles lancent d'ailleurs aussi de nombreux ponts vers Royal, mais cela a commencé plus tardivement (elle n'est candidate que depuis un an, et son entourage était plus limité l'an dernier); on peut cependant leur faire confiance pour cela: c'est par exemple déjà le cas pour Pinault et pour les possesseurs de groupes de média; seulement avec plus de discrétion que côté Sarkozy. Fabius et DSK ne sont pas vraiment neutres non plus dans l'affaire, d'ailleurs, avec un réseau ancien côté patrons. Bayrou, par contre, n'a pas de réseau parmi les grands patrons français, faute d'être membre du PS ou de l'UMP, et ce ne sont pas ses déclarations qui pousseront les grands patrons à le soutenir.  

L'Express publie aussi un tableau qui donne le nombre d'interventions en séance des députés de janvier 2004 au 13 mai 2006. L'Express est spécialiste des classements foireux, et en effet on ne voit pas l'intérêt de classer les députés en fonction de ce seul critère. Le travail principal a lieu en commission, il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre le nombre d'interventions et le travail qu'elles demandent: quel rapport entre le discours d'une motion de censure à préparer et prononcer et la défense d'un amendement pour changer la place d'une virgule dont tout le monde se moque ? Les voyages et commissions d'enquête, qu'en fait-on dans le classement ? Enfin, le député travaille aussi dans sa circonscription, même si cela ne doit pas être l'essentiel: on n'en tient pas compte. Bref, peu de fiabilité. On peut le vérifier: les députés qui sont en tête sont plutôt ceux qui interviennent à tout propos que ceux qui ont vraiment quelque chose de construit, argumenté, à dire, et pour cause: une vraie intervention, ça se prépare. De même, les chefs de parti interviennent moins, logiquement, se réservant pour les discours marquants, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne travaillent pas en permanence. On aimerait, par exemple, avoir les feuilles de présence, en séance (il y a des députés qui ne sont jamais là: qu'on le publie!) ou en commission (François Hollande est inscrit à la Commission prestigieuse de la Défense et n'y va jamais: qu'on le remplace!). enfin, des biais obligés: Jean-Louis Debré est dans la série des députés qui n'interviennent jamais, et pour cause: il trône au poste de président...

Que peut-on faire de ce tableau avec honnêteté?

- En deux ans et demi, tout député sérieux a l'occasion de plusieurs interventions, et donc ne jamais intervenir est bien signe d'absence de travail. On peut donc étudier ceux qui travaillent peu. Et là, surprise, on trouve une grande partie des candidats à la présidentielle: Lang, 1 intervention en deux ans et demi; Royal, 7; Fabius, 7; DSK, 8; mais aussi Dupont-Aignan, 14... à comparer avec Bayrou, 40. De toute façon, les Lang, Royal, Fabius, DSK sont très souvent absents en séance! On les paie à faire autre chose (campagne interne, cette année, mais les années précédentes ce n'était pas mieux...) Pourquoi élit-on des députés qui ne travaillent pas? Je suis, comme Bayrou, favorable à ce qu'un député absent soit payé proportionnellement à son temps de présence en séance ou en commission, et qu'il ne puisse pas déléguer son vote, qui ne comptera pas s'il est absent lors du vote. Cela devrait régler ces cas-là, alors qu'aujourd'hui tout favorise les députés qui passent leur temps dans leur circonscription ou leur parti et non à l'Assemblée.

- Pour estimer correctement les quantités d'interventions, signalons aussi les médianes et la très grande différence d'un groupe à l'autre: la moitié des députés UMP sont intervenus moins de 19 fois et l'autre moitié plus, contre 24 pour le PS, 45 pour l'UDF et 52 pour le PC. Les petits groupes travaillent davantage: votez PC et UDF au lieu de voter pour l'UMP et le PS! Il y a dans les gros partis des tripotées de parlementaires qui n'interviennent pas du tout et ne sont que rarement présents. Donnons aussi le nombre de parlementaires intervenus au maximum 15 fois: 2 au PC, 4 à l'UDF, 56 au PS, et... 159 à l'UMP. Même en pourcentage, contre 13% à l'UDF (et encore un petit peu moins au PC), cela donne 38% au PS et 44% à l'UMP! A ce stade, c'est scandaleux. Ajoutons que s'il n'y avait pas de cumul des mandats, certains travailleraient davantage en séance (Santini, particulièrement travailleur pourtant et qui ne prend pas de vacances, 5 interventions en 2 ans et demi: vues toutes ses responsabilités, comment s'en étonner?).

- Certains voudront aller voir si leur député travaille plus ou moins. En réalité, ce tableau ne montre pas les différentes facettes de leur travail, dont les commissions, n'évalue pas la qualité des interventions non plus, donc n'est pas fiable pour cela. Les premiers de la liste ne semblent pas être les plus travailleurs non plus, et faire du chiffre n'est pas un objectif. Tout ce qu'on peut savoir, avec le seul tableau, c'est si leur député travaille en séance, c'est tout. Cela doit être complété. Mais rien n'excuse un député de ne pas travailler en séance.

Un second mort au parti socialiste: Jack Lang

J'écrivais ici il y a peu que Lang ne serait pas candidat non plus si l'appareil le décidait, et se désisterait au coup de sifflet si l'on estimait chez l'éléphante avoir intérêt à sa présence au premier tour. C'est fait, il a renoncé. Royal a décidé qu'elle serait élue au premier tour au PS. Toujours pas d'explication sur le blog de l'équipe de Lang, qui doit avoir du mal à digérer ça. C'est ce qu'on appelle la démocratie socialiste, sans doute: Ségolène Royal, candidate de l'appareil, venait de lui demander de retourner à la niche, François Hollande et autres Rebsamen aussi, donc Lang l'a fait, dépendant d'eux d'ailleurs pour ses parrainnages. On lui fera tout plein de compliments demain au parti socialiste, avec l'hypocrisie habituelle, et il sera soudain tellement parfait qu'on se demandera un moment (paas trop longtemps) pourquoi c'est lui qui se retire.

Il reste trois candidats apparents aux militants du parti socialiste, dont deux auront le droit de ne surtout pas attaquer la troisième, et en aucun cas de sortir du rôle qui a été écrit pour eux. Déjà, à Lens ce n'était pas joyeux... et pour le vote du programme... et au Mans... Pour les "débats" à venir, ou plutôt les monologues parallèles bien encadrés, on veillera à ce qu'ils obéissent, Strauss-Kahn et Fabius. Pendant ce temps-là, Lang, qui vient de dire qu'il soutiendrait le candidat le plus "authentiquement révolutionnaire", c'est-à-dire sans doute Besancenot ou Laguiller, va avoir du mal à justifier son désistement pour un candidat non authentique et non révolutionnaire, quel qu'il soit au PS. D'ailleurs, Lang était-il authentiquement révolutionnaire lui-même? Décidément, le PS n'a plus aucun intérêt désormais. Vive la révolution civique.

De la part de Lang, il s'agit sans doute d'un signe d'une velléité de désistement pour Fabius dans ces deux mots. Comme le disait Roux, secrétaire aux élections, il vaut mieux qu'il ne se désiste pas pour Royal, et c'est donc ce que Lang, plus obéissant que Jospin, va faire. A moins que l'on ne lui demande de se désister pour Royal, en insistant à peine, auquel cas il le fera - sans doute en justifiant en long et en large qu'elle est authentiquement révolutionnaire, et qu'avec elle on passera de l'ombre à la lumière. Cette pantalonnade d'aujourd'hui est bien triste. Et la future fort probable le sera également.

Pauvres militants de PS... que leur reste-t-il d'autre que la révolte sans personne pour la porter?

Je ne me permettrais pas d'interpréter le geste de Stéphane Trano qui vient de fermer son blog sans explication. Mais je crois que je peux comprendre, dans cette situation-là, qu'un militant arrête de s'engager ou aille chercher ailleurs un endroit qui mérite cet engagement.

 

lundi, 02 octobre 2006

Une analyse de texte

Prélude

Une première remarque: ne vous attendez pas à de l'objectivité et de l'impartialité dans cet article, ou plutôt cette petite histoire (je préviens ceux qui n'aiment pas les histoires). Je serai partial. J'ai une excuse: je vais vous parler d'immigration.

Un bon mouvement

Lisant ce jour... personne n'est parfait... un article du Nouvel Observateur consacré à la polémique entre Sarkozy et Zapatero, au moment où Sarkozy la prolonge en jouant à OK Corral en plein Parlement espagnol pour occuper quelques minutes de plus au vingt heures, je remarque ceci: "J'ai simplement fait état d'une expérience, celle de la France, qui en 1997 a régularisé 80.000 clandestins. L'année suivante les demandes d'asile ont été multipliées par quatre. C'est de cette époque que j'ai tiré la conclusion que la régularisation massive n'était pas la solution", a soutenu Nicolas Sarkozy (en fait, cette régularisation est survenue en 1999, et les demandes d'asile ont progressé d'un quart)."

Bravo, me dis-je en me frottant les mains, un journaliste qui a eu la conscience de vérifier au lieu de transmettre ces propos tels que, et qui me fournit de quoi écrire un joli billet bien narquois sur mon blog, qui sera consacré à Sarkozy, une fois n'est pas coutume. Voilà un journaliste qui respecte la déclaration des devoirs du journaliste (accompagner [les informations], si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent), ce qui m'éjouit encore davantage. Eh bien, me dis-je, Christophe Carignano  avait raison, les journalistes vérifient leurs données, eux, la preuve, en tout cas au moins un - probablement un pigiste ou un stagiaire sortant de l'école, car j'ai beau chercher le nom de l'auteur, rien. (C'est courant de ne pas signer dans nos journaux, sur le net surtout. A croire qu'il n'y a pas de signatures prestigieuses comme sur Agoravox.)

Sur quoi, nettement moins content d'un coup de cette supériorité patente (au double sens du mot) des journalistes, voulant mieux faire que le blogueur Daniel Schneidermann et montrer que moi aussi je vérifie mes données comme si j'étais un journaliste, je convoque Kartoo (ce métamoteur qui remplace avantageusement la liste en grande quantité par une carte en réseau modulable selon la pertinence, et sans publicité, qui n'agresse donc personne en vendant des emplacements publicitaires à Sarkozy et autres socialistes comme tel autre, fin de la publicité).

Un mouvement de déception

Las, trois fois hélas, ce journaliste n'a pas vérifié correctement! Car il y a bien eu une opération de régularisation en 1999, mais en 1997 aussi: dépôts des dossiers en préfecture en juin 1997 (circulaire), régularisations acceptées jusque plus d'un an après (130 000 dossiers à traiter). Le site Vie publique décrit le contexte politique des nombreuses modifications de la politique d'immigration et donne le détail pour 1997-1998 aussi. Moralité: il est très facile de prouver que Sarkozy a tort, il suffit de se tromper d'année... Décevant, tout de même, que Sarkozy n'ait pas tort. Et voilà que mon billet tout prêt disparaît en fumée.

Cependant, me dis-je, peut-être tiens-je là un billet plus intéressant, à bien réfléchir. Sur la gent journalistique au Nouvel Observateur... Oh, ce ne sont pas les seuls à se tromper. Vais-je demander, conformément à la déclaration des devoirs du journaliste (rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte)  un rectificatif? Je dédierai ça à Christophe Carignano - peut-être est-il l'auteur de cet article ? Non, je n'aimerais pas nuire au pauvre journaliste qui a pris des risques en passant trente secondes à vérifier trop vite alors que tous ceux qui ne vérifient rien du tout ne prennent guère de risque... Il faudrait, au contraire, encourager nos journalistes à contrôler les propos de Sarkozy et des autres gogos, comme on le fait souvent sur la Toile; ça ferait du bien à la médiacratie de donner des informations pour changer.

Plutôt donc chercher les vrais chiffres. Et puis, avec un peu de chance, Sarkozy s'est quand même trompé, il y a de l'espoir. Les vrais chiffres de l'immigration, aussi difficiles à établir que ceux du chômage sous les couches de maquillage, je ne m'en sens pas le courage, mais ceux cités par Sarkozy du moins: les demandes d'asile. Je vais donc m'occuper des chiffres, et je ne conteste bien sûr pas qu'il y ait des drames humains derrière les chiffres, mais Sarkozy n'en parlait pas, des drames, occupons-nous donc des petits calculs.

Un mouvement de foule  

Et ce n'est déjà pas si simple de trouver ces chiffres. Car il faut les déduire des chiffres donnés par l'Intérieur, qui les comptabilisent avec d'autres, avec plusieurs sources de demande d'asile simultanées et des traitements des dossiers étalés sur plusieurs années... D'ailleurs, rien sur l'immigration sur le site de l'Intérieur sauf l'actualité ministérielle, aucun chiffre en rien. A croire qu'on les cache volontairement pour que les journalistes qui cherchent les bons chiffres (quand il y en a - de tels journalistes) ne puissent que se contenter des estimations politico-publicitaires du gouvernement Jospin d'alors: masquer les réalités dans les statistiques était déjà un chiffre pratiqué par les ministres, le sport principal des énarques des cabinets semble-t-il, comme aujourd'hui. Pourtant, additionner les chiffres de chaque préfecture et faire la somme, avec une bonne calculette, Chevènement en était capable. En juin 2000, le chercheur Xavier Thierry, de l'Institut National des Etudes Démographiques, dans un article de la revue Population, ne peut deux ans après qu'estimer, et non donner exactement, le nombre de demandes de régularisation dans les préfectures: plus près des trois quarts des dossiers que de la moitié, soit plus près de 97500 que de 65000, donc entre 81250 et 97500. Est-ce 85000? 90000? Aucune idée. Si quelqu'un connaît les vrais chiffres parmi mes savants lecteurs, qu'il me les donne!

Curieusement, Sarkozy n'en compte que 80 000. On aurait pu croire que son attaque contre Zapatero était préméditée et donc qu'il avait regardé les chiffres. Il semble que non. Encore un qui ne vérifie pas ses chiffres, sans doute bien trop occupé par la présidentielle pour se consacrer à ces besognes subalternes. A moins qu'il ait seulement lu, ou plutôt qu'on ait seulement lu pour lui, le rapport de la commission d'enquête du Sénat paru pendant l'opération de régularisation 1997-1998, avant que les dossiers ne soient tous traités et de loin. Il donnait bien le chiffre, finalement sous-estimé, de 80 000, comme estimation; c'est donc probable. Sarkozy s'est trompé, ça m'encourage à continuer, mais pas assez largement pour que je puisse être encore satisfait de mon enquête.

Un mouvement périodique

Et les demandes d'asile sur lesquels porte la polémique? On trouve les chiffres sur le Forum des réfugiés. Je vous recommande de contrôler, calculette en main, que je n'ai pas fait d'erreur... au cas où l'exemple de Sarkozy et du journaliste du Nouvel Observateur serait contagieux. Les demandes d'asile totales (territorial dans les préfectures, à l'OFPRA ou aux frontières) passent d'un minimum en 1996 de 17931 à un maximum de 86614 en 2002. Les mesures (circulaire etc) du gouvernement Jospin sont annoncées dès juin 1997 donc cette année est déjà à considérer comme partiellement marquée par ces mesures.

Pendant toute cette période, les différentes formes d'asile explosent: l'asile aux frontières, modestement de 526 à 5912; l'asile territorial de rien en 1996 où il n'existait pas à 27741 en 2003, et l'asile à l'OFPRA de 17405 en 1996 à 52204 en 2003; toutes ces augmentations sont continues pendant tout la durée du quinquennat Jospin: la circulaire est annoncée en 1997; de 1997 à 1998, augmentation de 27,8%; de 1998 à 1999, de 48,8% (de 30368 à 45200); de 1999 à 2000, de 40,3%; de 2000 à 2001, de 26,9%; de 2001 à 2002, de 7,7% seulement mais une partie de 2002 est à mettre au crédit de l'annonce des mesures de Sarkozy.

D'une part, alors qu'il y avait baisse sous le gouvernement précédent, il y a explosion des demandes sur plusieurs années sous le gouvernement Jospin dès qu'il marque sa volonté de régulariser largement. L'appel d'air n'est pas contestable - à l'époque. Que la régularisation massive n'ait pas été une solution est difficilement contestable également (mais cela ne prouve rien pour des régularisations nettement moins massives...).

D'autre part, pour obtenir une multiplication par quatre en un an, on peut toujours chercher: il n'y en a pas, même en considérant telle ou telle catégorie d'asile! La multiplication par quatre a lieu très approximativement sur l'ensemble du quinquennat de Jospin. Je suis d'ailleurs perplexe sur le chiffre: x3,6 de 1997 à 2002, x4,8 de 1996 à 2002, ce n'est pas x4, quelles sont donc les références? Mais sans doute le ministre a-t-il les chiffres mois par mois et x4 semble alors vraisemblable pour les limites du quinquennat, mais ce n'est qu'un ordre de grandeur (et il faudrait lui faire confiance quant au chiffre).

La multiplication par 4, cependant, n'existe que sur l'ensemble du quinquennat... On peut donc confirmer que Sarkozy, en disant "l'année suivante les demandes d'asile ont été multipliées par quatre", soit se trompe, et je m'interroge sur sa maîtrise des dossiers (d'autant qu'il a dû préparer soigneusement son intervention contre Zapatero), car multiplier par quatre en un an ou en cinq ans, ce n'est vraiment pas la même chose; soit ment, et c'est pire. Dans les deux cas, il faut vérifier ce qu'il avance, même et surtout les chiffres, et non le croire sur parole. Nos journalistes n'ont que trop tendance à écrire ce qu'on leur dit sans sens critique. Là, j'ai l'impression d'avoir réussi: Sarkozy s'est planté, j'ai de quoi écrire mon billet! Mon sourire revient.

Et le journaliste, qui avance une augmentation d'un quart après une régularisation en 1999? De 1999 à 2000, l'augmentation est de 40,3%, donc le journaliste, lui aussi, peut retourner suivre des cours de calcul. Il n'aura besoin de personne pour, tout seul, "décrédibiliser les comptes-rendus des détenteurs d'une carte de presse" (Christophe Carignano). Le quart, on le trouve approximativement de 2000 à 2001 seulement; mais cela fait longtemps que l'explosion des chiffres a commencé et ce quart n'est donc que la continuation du mouvement entamé en 1997. Cerise sur le gâteau: ils se sont trompés tous les deux!

Un mouvement de bascule

Et l'affirmation selon laquelle il y aurait un appel d'air aujourd'hui après cette régularisation? Appel d'air vers l'Europe, soit, c'est probable, mais vers la France? Car si Sarkozy a entamé cette polémique, c'est tout de même parce qu'il reprochait à l'Espagne une sorte de manque de solidarité européenne (ce qui de la part de la France ces dernières années, hum... dans un domaine qui n'est pas de la compétence européenne, hélas, re-hum... et de la part de quelqu'un qui n'a jamais essayé de réaliser une politique européenne de l'immigration depuis 2002 et y pense au moment où commence la campagne électorale, re-re-hum...). Voyons de plus près.

Un rapport d'une commission d'enquête du Sénat est paru pendant l'opération de régularisation 1997-1998. Subtil et profond, il est dû à Paul Masson (Sénateur RPR du Loiret, préfet honoraire entre autres) et José Balarello (encore Sénateur aujourd'hui, UMP, des Alpes Maritimes): autant dire que c'est très pluraliste et bien consensuel. On trouve dans ce rapport un exposé complet de la thèse de l'"appel d'air", née dès juin 1997 au RPR quand la circulaire de régularisation a été annoncée, thèse présentée parmi les conséquences prévisibles puisque la régularisation ne s'appliquait pas encore. Avec les arguments suivants:

1) "Une politique moins rigoureuse menée par un Etat membre de l'Union européenne ne pourrait qu'orienter les flux vers ce pays. Le libre passage aux frontières intérieures de 'l'espace Schengen' ne peut qu'accentuer ce phénomène. (...) la France adopte une législation limitant la répression des infractions liées au séjour irrégulier et met en oeuvre une nouvelle opération de régularisation qui, par son ampleur et sa médiatisation, est susceptible d'orienter vers notre pays un flux d'immigration irrégulière qui n'aura pas pu se fixer dans les pays voisins": c'est donc la différence entre les politiques des autres états, alors bien plus restrictives, et celle de la France qui pourrait créer un appel d'air.

Mais puisque l'Espagne, l'Italie régularisent massivement, qu'avons-nous à craindre un appel d'air aujourd'hui? Les migrants se dirigeront vers l'Espagne ou l'Italie. Cet argument ne tient pas actuellement, sauf à considérer qu'une fois régularisés ailleurs, les migrants viendront vivre en clandestins en France. Je crois que ce serait surestimer l'attrait de la clandestinité en France par rapport à une vie au grand jour ailleurs, dans un pays sans Sarkozy.

A moins, bien sûr, que Sarkozy, prévoyant qu'il perdra à coup sûr la présidentielle et craignant que ce soit au profit de quelque socialiste, tienne à faire de son mieux pour limiter l'attrait prévisible pour les clandestins du futur ministère de la régularisation massive dont le PS accoucherait comme d'habitude. Cela expliquerait qu'il tienne à interdire d'avance les régularisations dans l'espace Schengen, dont la France, pour l'avenir, comme il vient de le proposer au sommet européen... Rassurons-le: les socialistes ne gagneront pas non plus.

2) "La loi du 11 mai 1998 (...) autorise l'attribution d'un titre de séjour à l'étranger qui établit que sa vie ou sa liberté serait menacée dans son pays ou qu'il y serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants. (...) Toute personne vivant dans l'un des nombreux pays tourmentés par des guerres ou des troubles de diverses natures pourra être tenté de venir s'installer de préférence en France, espérant obtenir un titre de séjour." C'est l'asile territorial, mais il a été supprimé depuis par la première loi Sarkozy en 2003. Du coup, on ne régularise même plus ceux qui sont vraiment exposés à des traitements inhumains ou dégradants ailleurs: il y a donc un progrès, c'est sûr, et nous ne risquons pas cet appel d'air-là.

3) En régularisant des étrangers entrés irrégulièrement sur le territoire qui remplissent les autres conditions d'obtention d'une carte de résident (durée 10 ans), "la loi du 11 mai 1998 (...) accentue l'effet d'appel d'air puisque les étrangers clandestins se verront, en l'espace de quelques années, reconnaître un droit au séjour de longue durée. Comment d'autres étrangers, informés de cette situation, ne seraient-ils pas tentés, à leur tour, d'entrer irrégulièrement en France, dans l'espoir de bénéficier un jour du même traitement ?". Sarkozy s'est attaqué à cette cause-là d'appel d'air au printemps dernier, mais de toute façon quand on est régularisé ailleurs, est-on concerné?

Concluons: la référence à la régularisation massive de 1997-1998 n'est pas pertinente, aucune des causes d'appel d'air attribuées par la droite à cette décision ne pouvant convenir aujourd'hui.

Coda: un mouvement de fonds

Y a-t-il un appel d'air aujourd'hui pour d'autres raisons? C'est une autre question.

Par exemple, on peut citer la pratique française fort ancienne de laisser travailler normalement ou presque les clandestins, d'accepter tacitement que les entrepreneurs du bâtiment, du textile ou de l'hôtellerie les emploient en fermant les yeux sur l'illégalité du procédé parce qu'elle arrange les patrons de ces branches qui peuvent les exploiter à leur gré sans tenir compte des charges sociales, du code du travail, du salaire minimum, etc. La pratique de laisser les clandestins officiellement expulsés rester là, travailler, scolariser leurs enfants, créer des liens, vivre, de ne rendre effectives au fond que très peu d'expulsions, seulement pour les images médiatiques, à rester dans l'indécision pour ne surtout pas régulariser trop sans régler quelque problème que ce soit, d'accepter une sorte de statut de clandestin officiellement connu sans qu'on fasse rien alors qu'il a rempli un dossier en préfecture, jusqu'au jour où parfois on rompt avec la tacite tolérance en expulsant quelques personnes, d'une manière d'autant plus absurde qu'une fois installées, on ne leur dit rien pendant des années.

Tous les commissaires savent où trouver, dans les villes, des endroits où travaillent les clandestins, par milliers. Rien n'est pire que cette règle implicite d'acceptation contredisant un refus officiel sans conséquence réelle. "L’immigration illégale n’est une réalité que dans la mesure où s’exercent simultanément des restrictions et une certaine tolérance." (article de L'Observateur de l'OCDE, de Georges Tapinos, professeur à l'IEP Paris) Il faudrait choisir, accepter les uns (avec leurs droits légitimes au travail) et expulser les autres, selon les règles du droit, et appliquer les décisions, plutôt que de jouer ainsi d'hypocrisie. N'y a-t-il pas quelqu'un qui parle d'immigration choisie en France? En s'obligeant à appliquer le droit, on s'oblige à faire un choix non électoraliste. Et ça ne gêne pas le ministre, tout opposé à l'immigration qu'il se présente, favorable de fait à cette situation.

"En fait, les avantages de la migration illégale se trouvent plutôt du côté de l’employeur. " (Georges Tapinos toujours, qui détaille le raisonnement présenté ici) Mais comment nous dirait-on que là est la principale cause de l'appel d'air: qu'on laisse les patrons exploiter tranquillement et illégalement les clandestins en bons négriers, qu'on ne contrôle volontairement jamais les endroits où se trouvent des clandestins au travail, qu'on tolère la non-application du droit, voire qu'on l'encourage, si bien que les lois n'ont plus guère de sens et que seul l'arbitraire brutal semble avoir encore du poids, ce qui encourage l'extrémisme? Et en sus qu'on refuse la grande majorité des régularisations nécessaires à droite tout en refusant la grande majorité des expulsions nécessaires à gauche? Cependant, sur ce point, j'ai conscience d'être encore plus partial que précédemment... ;-)

vendredi, 29 septembre 2006

Zarko et Zapatero

Au sommet des huit pays méditerranéens de l'UE, notre Ministre Bien-Aimé de l'Intérieur propose de "fusionner les politiques nationales en une seule politique européenne de l'immigration". Aurait-il enfin compris que toutes les lois qu'il propose sur l'immigration depuis 2002 n'auront aucun effet et qu'il faut raisonner dans le cadre européen? Mais, se dira-t-on, qu'est-ce donc qui l'a retardé depuis bientôt 5 ans qu'il aurait pu le faire, qu'est-ce qui l'a empêché de penser à l'Europe pendant les mois passés à nous bassiner de ses lois franco-françaises inapplicables à vocation électorale? Mais combien feront remarquer cette contradiction parmi nos journalistes?

J'y serais d'autant plus favorable que la politique européenne serait certainement moins électoraliste et plus efficace que celle du petit Nicolas. Et en sus un compromis européen n'aurait pas grand'chose à voir avec la politique du petit Nicolas. Mais il semble ne pas avoir compris ce qu'est la négociation avec des égaux et ne connaître que les rapports de force: monsieur arrive avec dans l'idée d'imposer sa volonté à ses voisins et agresse en bon justicier le Premier ministre espagnol sur les régularisations faites par l'Espagne. Sur quoi celui-ci appuie là où ça fait mal en conseillant au donneur de leçon de regarder d'un peu plus près comment les voitures brûlent dans ses banlieues. Excellent négociateur, le petit Nicolas, on en conviendra: on sent les bonnes leçons de Chirac qui fut son maître. Cette provocation est certainement le meilleur moyen de faire en sorte que la proposition de la France soit rejetée! Sans compter que cela favorisera certainement les futures relations entre l'Espagne et la France si petit Nicolas, par malheur, était élu président. Bref, du bon travail d'autodestruction pour la France. Mais petit Nicolas s'en moque: son problème n'est pas de construire quelque accord que ce soit, mais de créer une polémique pour faire des papiers dans les journaux et quelques minutes au 20 heures. Il peut dire n'importe quoi: il n'a plus que sept mois à tirer.

Notre Ministre Bien-Aimé travaillerait-il pour la France? Non, bien sûr: il ne sera même pas présent à cette réunion, comme d'habitude aux sommets européens (On se demandera ensuite pourquoi l'influence de la France en Europe a tant baissé...). Il a des occupations plus urgentes que son travail de ministre, avec cette présidentielle. Et du coup, l'on ne peut que se rendre à l'évidence: il s'en fiche, de sa propre proposition; c'était un coup médiatique, comme d'habitude, pour occuper encore un peu plus de place au vingt heures; il ne s'agissait pas de résoudre les problèmes de l'immigration. Soyons réalistes: c'est ça la campagne électorale selon petit Nicolas, un affrontement permanent avec tel ou tel bouc émissaire. C'est la faute de l'Espagne, voilà le message important à retenir. Au cas où d'aucuns penseraient que petit Nicolas est responsable de quelque chose, où les juges ne suffiraient pas comme boucs émissaires, en voilà d'autres. Qui sera le bouc émissaire de la prochaine semaine pour excuser l'échec de sa politique?  

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