vendredi, 11 mai 2007

Plat de lentilles contre droit d'aînesse

On l'a beaucoup entendu ces derniers temps, le baratin des députés UDF qui partent pour former un parti croupion de l'UMP. On ne me dira pas que Charles de Courson signe avec ferveur l'engagement de voter tous les futurs budgets du gouvernement, lui qui tenait tant à une critique impitoyable des budgets gouvernementaux, et insistait sur l'infidélité, la dette et le reste jusqu'à hier. On ne me dira pas que Leroy ou Morin qui ont voté la censure du gouvernement Villepin sont satisfaits de signer l'engagement de ne plus voter la censure, quoi que fasse le gouvernement. Et tous les autres qui furent si heureux d'être libres de voter en conscience, sont-ils du jour au lendemain contents d'être caporalisés?

Tout le monde sait bien qu'il s'agit pour eux d'abord d'être réélus, et pour certains d'obtenir un ministère. Ils vont pour cela jusqu'à renier leurs convictions, et inventent des arguments dont personne n'est dupe, caricaturant l'UDF aujourd'hui autant qu'ils l'ont défendue hier, alors que ses positions n'ont pas changé. Ils nous inventent des intentions que nous n'avons pas ou des règles (mode de scrutin et autres) qui prouvent qu'ils ont eu tort, si l'on suit leur raisonnement, de résister à l'UMP et de rester libres depuis 5 ans.

Comment ne pas être en colère, alors qu'il y a près de 7 millions d'électeurs qui attendent d'être défendus, qui veulent voir les engagements pris tenus, de voir ces députés se laisser manipuler ainsi par les sarkozystes comme des enfants? Comme s'ils défendaient leur propre intérêt, alors qu'ils ne défendent que celui de Sarkozy! Alors qu'ils ne font que s'éloigner des électeurs qui peuvent les élire! Comment les électeurs de François Bayrou oublieraient-ils la trahison; comment pourraient-ils voter pour eux, y compris ceux qui furent autrefois du centre droit?

Et ils inventent tout et n'importe quoi pour faire semblant, comme Robien et Santini hier, de partir de l'UDF pour des raisons honorables, politiques. En fait il n'y a pas de vraies raisons politiques; leur intéressement direct est percé à jour par tout le monde. Et qui peut vouloir d'un député carriériste à ce point qu'il en oublie ses convictions et les électeurs qui ont porté leur combat? Oh, je ne me fais pas d'illusions, la grande majorité des socialistes et des UMP de France sont tout aussi capables d'abandonner leurs convictions en rase campagne dans cette situation, ils ont l'avantage, simplement, de ne pas être confrontés à ce dilemme-là. Mais nous nous devons de rompre avec ces pratiques.

Je souhaite qu'il y ait des candidats du Mouvement Démocrate contre ces députés; simplement parce que, sinon, les militants abandonnés par eux et les électeurs de François Bayrou n'auraient pas de représentant fiable pour porter leur parole: pensons à eux. Je souhaite, surtout, que les députés entrants du Mouvement démocrate rompent, eux, avec tout ce système. Je préfère, finalement, penser aux autres, aux futurs députés, à ceux qui nous défendront. A ceux aussi qui sont restés fidèles et nous montrent une admirable sérénité: un petit exercice d'admiration en ces temps de détestation fait du bien. Citons les plus fermes d'entre eux, outre Bayrou: Artigues, Comparini, Vignoble, Lassalle. Ecrivez-leur, soutenez-les (adresses colonne de gauche).

Nous aurons besoin de députés du Mouvement démocrate. Il y en aura, mais il en faudrait beaucoup, pour que la rupture avec le système antérieur soit nette. Nous ne manquons pas de militants - aucun n'a suivi les députés soumis à l'UMP - ou d'électeurs - ceux de François Bayrou approuvent toujours sa démarche. Nous avons donc les moyens d'avoir des députés. Nous aurons contre nous les médias comme d'habitude, le PS et l'UMP dont aucun n'a d'intérêt à nous voir émerger, comme d'habitude, le gouvernement comme d'habitude, les puissants de toute nature comme d'habitude. Au combat! C'est plus que jamais nécessaire, venez militer avec nous sur le terrain, aidez-nous à résister, ne vous contentez pas d'adhérer.  

samedi, 28 avril 2007

Alliance Démocrate: encore l'Europe

Le nom de notre futur parti, définitif semble-t-il, devrait être Alliance Démocrate. On a échappé heureusement à Alliance Démocratique (parti du centre très honorable jusqu'à la participation de certains de ses membres au régime de Vichy en 1941-1943 que la participation d'autres à la résistance ne suffit pas à faire oublier). Le mot d'Alliance est malheureusement un peu connoté centre droit ou droite (comme Union, Rassemblement, etc) contrairement à parti, mais les initiales AD ne choqueront en tout cas personne et il signalera en tout cas bien notre volonté de rassembler le centre.  

La référence est bien sûr Européenne: nous sommes membres du groupe ADLE au parlement européen (Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe), dont nous sommes la "part démocrate", celle issue du parti démocrate européen fondé avec l'UDF, la Marguerite de Prodi et Rutelli, et d'autres partis européens; Geremek y appartient aussi.

 

mercredi, 11 octobre 2006

Laguiller avec nous!!

Chacun conviendra que Aphatie est généralement un interviewer particulièrement ennuyant. sur RTL, avec ses tendances à imposer ses préjugés quoi que puisse dire son interlocuteur et son faible (et le mot est faible) sens des nuances. Mais l'interview de François Bayrou qui vient d'avoir lieu à propos de son livre, Au Nom du Tiers Etat, est le contre-exemple même des interviews habituelles d'Aphatie. Et pour cause: ce n'est pas une interview, mais une attaque en règle d'Aphatie contre Bayrou qui a répondu, oh combien, au cours d'un véritable duel où Aphatie au lieu d'interroger est complètement partie prenante; Bayrou ne se laissant pas faire comme tant de politiques, il y a du spectacle. Non préparé, certes, car c'est sur la provocation initiale d'Apathie que le débat dérape - Bayrou serait Laguiller! - et tout de suite s'emballe; un vrai combat.

Et du coup le visage même d'Aphatie est visible - ou plutôt audible-, révélé à l'auditeur. Il se fait dire quelques vérités particulièrement agréables pour ceux qui le pensaient depuis longtemps comme moi - oui, il est partisan; oui, il défend le système qui règne aujourd'hui en France en bon conservateur; non, il n'entend pas vraiment ce que disent ses auditeurs; oui, il ment sciemment à l'antenne et sans pudeur... - et ceci en sus: je n'ai pas envie de suivre votre calendrier, mais le mien (qui vaut pour l'ensemble des journalistes dans l'esprit de Bayrou). Voilà quelques vérités à l'antenne, dit Bayrou.

Par la même occasion, Apathie amène Bayrou à répondre résolument à ces arguments foireux qu'on répète sur les forums et que le pauvre journaliste reprend faute de mieux. Jusqu'à faire comme si Lagardère lui offrait un cadeau en éditant son livre, alors que ce sera un best-seller! On sent là, même si c'est involontaire de la part du journaliste qui aimerait bien trouver un argument qui porte ou du moins qui arrive à convaincre les auditeurs, qu'il y a une immense différence entre Bayrou et la grande majorité au moins de la classe politique, qu'il y a une parole sincère et assumée chez lui; de quoi balayer de nombreux doutes. Encore quelques provocations comme celles-là ou celles de Chazal et plus personne ne pourra parler de centre mou ou le confondre avec les UMP et PS... Continuez les attaques, ô aphaties du PAF! Et bravo François!

NB: et la tentative de défense d'Aphatie sur son blog est vraiment pitoyable...

Supplément: Début du livre: « C’est un peuple qu’ils croient sans importance. Presque un peuple en trop. Un peuple gênant. Ainsi le vivent les pouvoirs, et le considèrent les puissants. Le même mal ronge et court depuis des années, préparant à chaque élection, à chaque consultation, sa surprise, l’irruption du peuple indocile dans le concert bien ordonné de la pensée préfabriquée. »

lundi, 09 octobre 2006

Sortons la calculette (suite)

L'AFP a une façon très particulière de décrire la réélection de la liste d'Alain Juppé à Bordeaux. Bien sûr, on pourrait en faire une analyse plus politique, mais je ne résiste pas à l'idée de critiquer l'AFP. Sortons donc nos calculettes.

"Le score enregistré par M Juppé est le meilleur qu'il ait obtenu lors d'élections municipales à Bordeaux": en exprimés, certes (56,24% hier contre 50,96% en 2001 par exemple) mais en inscrits, non: il y avait plus d'abstention hier qu'en 2001, 55,2% contre 45%, d'où 25,2% des inscrits hier et 28% en 2001. Si les résultats de Juppé sont en progrès en pourcentage, c'est seulement que la gauche et l'extrême-gauche (l'extrême-droite ne pesant guère) se sont davantage abstenus que la droite et le centre.

Rectificatif important en vue des futures législatives et municipales, soit dit sans diminuer le fait que Juppé a bel et bien gagné. Il me semble aussi important de raisonner en inscrits pour une autre raison: on se rend compte de ce que représentent réellement les grands partis qui ne dominent la vie politique qu'en raison de l'énorme abstention du peuple depuis des années.

FN+MNR c'est 5,85% des exprimés en 2001, soit 3,2% des inscrits (heureux Bordelais) et en 2006, le FN c'est 6,15% des exprimés, soit 2,75% des inscrits: pas de progrès non plus de ce côté. Et la gauche?

AFP: "La liste PS-PCF (...) a obtenu 25,20 % des voix, en nette progression par rapport à 2001 quand la liste (...) avait obtenu 19,99%.": en inscrits, là aussi, 11,3% en 2006 contre 11%. Ce n'est pas flagrant... d'autant qu'il y avait en 2001 deux listes divers gauche (5,5% des exprimés) absentes en 2006, et toute une kyrielle de listes d'extrême-gauche qui faisaient 8,2% des exprimés en 2001 contre 2,1% à la seule liste (LCR) en 2006. Exit la progression! C'est du maquillage que de prétendre qu'il y a progrès au PS. Et cela confirme que pour juger, il ne faut pas regarder une seule liste, mais l'ensemble des listes, et ne pas regarder les exprimés sans tenir compte de l'abstention.

Cette dépêche et notamment le "progrès" inventé de la gauche socialiste a été reprise dans nos quotidiens ce matin... de là à ce qu'il suffise de glisser n'importe quelle interprétation tendancieuse dans l'oreille du correspondant de l'AFP à Bordeaux pour qu'il le répète sans vérifier, et sans doute pas qu'à Bordeaux, il n'y a pas si loin. Nous serions fort tentés d'y croire. Et nous revendiquons donc une méfiance nécessaire envers les dépêches d'agence. Heureusement, il reste internet, et nous avons une calculette.

 

jeudi, 05 octobre 2006

Oubli de l'UDF: un hasard?

Un article du Monde sur le réacteur EPR à construire donne, dit-il, les positions des présidentiables: Sarkozy, "les présidentiables du PS" sans distinction précise, Villiers, Voynet, Jean-Marie Le Pen, Besancenot, puis le PCF (qui est pourtant un appareil et non un présidentiable, m'enfin...). Et l'UDF? Mais elle n'existe pas, l'UDF, bien sûr.

Pourtant, l'article annonce que "Sarkozy est le seul à soutenir le projet du gouvernement", ce qui suppose de donner la position de tous les autres... Encore une manière suspecte de rédiger un article!

mercredi, 04 octobre 2006

La mare aux grenouilles

Il y a quelques jours, Thierry Solère (UMP) publiait sur son blog un article venimeux sur Pierre-Christophe Baguet (UDF) qu'il a depuis supprimé de son blog. C'est que chacun des deux veut être député de Boulogne, circonscription de Baguet. A première vue, cela aurait dû donner des primaires logiques. Je conseille à ceux qui s'intéressent à ce genre de grenouillages de lire l'article du parisien de Solère. De quoi nous dégoûter des Hauts-de-Seine, le département de Sarkozy. La substance est simple: on menace le député de rétorsions (habitude à l'UMP); si Baguet proclame qu'il votera pour Sarkozy, "un accord pourra être trouvé" (!), sinon il y aura un candidat contre lui. Que croyez-vous qu'il se passe? Ce matin, Baguet déclare dans le Figaro qu'il appelle à voter Sarkozy, bien sûr.

Le meilleur moyen de voler leur choix aux électeurs est toujours de s'entendre dans les coulisses. De dégoûter les électeurs aussi. Ils ne veulent plus de ce genre de pratiques qui suffirait à les dégoûter de monsieur Baguet, même s'il n'avaient pas d'autres raisons. Il serait souhaitable que l'UDF exclue Baguet tout de suite au lieu d'attendre; qu'il aille à l'UMP comme les autres traîtres, et choisissons un candidat UDF qui défende vraiment nos couleurs. Cela permettait de mettre la section en ordre de bataille à temps et de donner un avertissement clair à ceux qui seraient tentés par ce genre de grenouillage ensuite. Nous ne pouvons pas nous permettre de traîner ce genre de poids pendant la campagne, et encore moins de l'investir après ce genre de déclaration. Comment voter pour un candidat qui vote Sarkozy quand on est UDF?

Petit supplément: il semble que Baguet sera exclu sans traîner; tant mieux. Sa situation ne sera pas enviable: aux législatives, les militants UDF de Boulogne le considéreront comme un traître, auront leur propre candidat et seront tout disposés à le faire perdre en votant pour un autre si leur candidat n'est pas au second tour; les militants UMP se souviendront qu'il a été élu sous l'étiquette UMP en 2002 avant de s'inscrire au groupe UDF et n'est venu à l'UMP qu'après son exclusion de l'UDF et seront donc très disposés à le faire perdre, et même à accueillir un dissident de l'UMP qui leur offrirait un autre choix, comme au hasard Thierry Solère; enfin, il n'a pas le soutien du maire, Fourcade, qui s'oppose à Sarkozy. Et aux yeux de tous les électeurs, cet homme qui n'est déjà pas très apprécié localement, autant que je puisse en juger de loin, passera pour un double traître prêt à toutes les déloyautés pour avoir un poste, et seront aussi très tentés de voter ailleurs. Si Baguet est le seul candidat UMP, l'UDF a une bonne chance de gagner.

Second supplément:  je partage entièrement le point de vue de Daniel Riot sur ce "non-évènement".

mardi, 03 octobre 2006

Mais que font-ils, nos députés?

Le 28 septembre, l'Express a publié un dossier sur l'assemblée nationale, sous le titre députés sous influence, qui est celui du livre et du blog qui vient de naître de Vincent Nouzille et Hélène Constanty, avec une interview vidéo de ces auteurs qu'il faut écouter pour comprendre entre autres un classement annexé des députés. En parler est utile.

D'une part, ce livre signale que des lobbies sont liés à chaque député et permet ainsi de se méfier de ceux qu'on envoie à l'assemblée quand c'est nécessaire. On se souvient, entre parenthèses, que la campagne législative d'Hervé de Charette avait été financée par des entreprises de travaux publics juste avant qu'il ne soit nommé ministre des transports, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres: cela a-t-il été vraiment neutre sur les choix de marchés publics ensuite? On sait, par exemple, que l'UDF comporte le spécialiste du lobby des fabricants de tabac, André Santini. Il ne s'en est jamais caché, y compris envers le grand public! S'il y a un lobby tabac, il y a aussi un lobby des multinationales qui vendent des patches anti-tabac (certes moins dangereux pour la santé), etc. Et si l'on parle d'amendements Vivendi dans la loi Dadvsi, ce n'est pas un hasard. Il est d'ailleurs intéressant de voir qui finance certains colloques.

Cela dit, crier au complot généralisé est, en France, discutable aussi: nombre de députés ne sont liés à aucun lobby, et les contraintes politiques sont bien plus fortes que ces solidarités-là. Cela mérite donc une étude précise député par député plutôt qu'une accusation générale. La plupart d'entre eux ne s'en cachent pas d'ailleurs quand ils représentent un lobby, très souvent parce qu'il est lié à l'intérêt de leurs électeurs: ainsi un député qui a sur sa circonscription une usine chimique classée Seveso tiendra à ce qu'on ne l'accable pas trop pour que l'emploi reste sur place, par exemple, et ceux qui ont des pêcheries sur leur circonscription tiendront à défendre les intérêts des pêcheries. C'est au fond assez logique, et une des raisons qui pourrait justifier la passage à la proportionnelle, d'ailleurs, les députés étant moins liés aux entreprises présentes sur un territoire ainsi.

Ce qui serait beaucoup plus utile peut-être serait d'analyser les lobbies liés à nos futurs candidats à la présidentielle, à eux-mêmes et à leur entourage, conseillers de l'ombre ou principaux lieutenants politiques. Ce serait le prolongement logique de ce livre. On sait déjà dans le grand public les liens de Sarkozy avec Bouygues, Lagardère, Dassault, qui tiennent de grands médias, mais aussi des groupes d'armement et de travaux publics. Cela concerne aussi la moitié des grands groupes français: Arnault, Pinault, Bolloré, etc. Toutes les grandes entreprises ont, dans le monde actuel, intérêt à être soutenues par l'Etat français à l'étranger comme dans les réglementations européennes, et donc par l'un des futurs présidents possibles. Elles lancent d'ailleurs aussi de nombreux ponts vers Royal, mais cela a commencé plus tardivement (elle n'est candidate que depuis un an, et son entourage était plus limité l'an dernier); on peut cependant leur faire confiance pour cela: c'est par exemple déjà le cas pour Pinault et pour les possesseurs de groupes de média; seulement avec plus de discrétion que côté Sarkozy. Fabius et DSK ne sont pas vraiment neutres non plus dans l'affaire, d'ailleurs, avec un réseau ancien côté patrons. Bayrou, par contre, n'a pas de réseau parmi les grands patrons français, faute d'être membre du PS ou de l'UMP, et ce ne sont pas ses déclarations qui pousseront les grands patrons à le soutenir.  

L'Express publie aussi un tableau qui donne le nombre d'interventions en séance des députés de janvier 2004 au 13 mai 2006. L'Express est spécialiste des classements foireux, et en effet on ne voit pas l'intérêt de classer les députés en fonction de ce seul critère. Le travail principal a lieu en commission, il n'y a d'ailleurs aucun rapport entre le nombre d'interventions et le travail qu'elles demandent: quel rapport entre le discours d'une motion de censure à préparer et prononcer et la défense d'un amendement pour changer la place d'une virgule dont tout le monde se moque ? Les voyages et commissions d'enquête, qu'en fait-on dans le classement ? Enfin, le député travaille aussi dans sa circonscription, même si cela ne doit pas être l'essentiel: on n'en tient pas compte. Bref, peu de fiabilité. On peut le vérifier: les députés qui sont en tête sont plutôt ceux qui interviennent à tout propos que ceux qui ont vraiment quelque chose de construit, argumenté, à dire, et pour cause: une vraie intervention, ça se prépare. De même, les chefs de parti interviennent moins, logiquement, se réservant pour les discours marquants, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne travaillent pas en permanence. On aimerait, par exemple, avoir les feuilles de présence, en séance (il y a des députés qui ne sont jamais là: qu'on le publie!) ou en commission (François Hollande est inscrit à la Commission prestigieuse de la Défense et n'y va jamais: qu'on le remplace!). enfin, des biais obligés: Jean-Louis Debré est dans la série des députés qui n'interviennent jamais, et pour cause: il trône au poste de président...

Que peut-on faire de ce tableau avec honnêteté?

- En deux ans et demi, tout député sérieux a l'occasion de plusieurs interventions, et donc ne jamais intervenir est bien signe d'absence de travail. On peut donc étudier ceux qui travaillent peu. Et là, surprise, on trouve une grande partie des candidats à la présidentielle: Lang, 1 intervention en deux ans et demi; Royal, 7; Fabius, 7; DSK, 8; mais aussi Dupont-Aignan, 14... à comparer avec Bayrou, 40. De toute façon, les Lang, Royal, Fabius, DSK sont très souvent absents en séance! On les paie à faire autre chose (campagne interne, cette année, mais les années précédentes ce n'était pas mieux...) Pourquoi élit-on des députés qui ne travaillent pas? Je suis, comme Bayrou, favorable à ce qu'un député absent soit payé proportionnellement à son temps de présence en séance ou en commission, et qu'il ne puisse pas déléguer son vote, qui ne comptera pas s'il est absent lors du vote. Cela devrait régler ces cas-là, alors qu'aujourd'hui tout favorise les députés qui passent leur temps dans leur circonscription ou leur parti et non à l'Assemblée.

- Pour estimer correctement les quantités d'interventions, signalons aussi les médianes et la très grande différence d'un groupe à l'autre: la moitié des députés UMP sont intervenus moins de 19 fois et l'autre moitié plus, contre 24 pour le PS, 45 pour l'UDF et 52 pour le PC. Les petits groupes travaillent davantage: votez PC et UDF au lieu de voter pour l'UMP et le PS! Il y a dans les gros partis des tripotées de parlementaires qui n'interviennent pas du tout et ne sont que rarement présents. Donnons aussi le nombre de parlementaires intervenus au maximum 15 fois: 2 au PC, 4 à l'UDF, 56 au PS, et... 159 à l'UMP. Même en pourcentage, contre 13% à l'UDF (et encore un petit peu moins au PC), cela donne 38% au PS et 44% à l'UMP! A ce stade, c'est scandaleux. Ajoutons que s'il n'y avait pas de cumul des mandats, certains travailleraient davantage en séance (Santini, particulièrement travailleur pourtant et qui ne prend pas de vacances, 5 interventions en 2 ans et demi: vues toutes ses responsabilités, comment s'en étonner?).

- Certains voudront aller voir si leur député travaille plus ou moins. En réalité, ce tableau ne montre pas les différentes facettes de leur travail, dont les commissions, n'évalue pas la qualité des interventions non plus, donc n'est pas fiable pour cela. Les premiers de la liste ne semblent pas être les plus travailleurs non plus, et faire du chiffre n'est pas un objectif. Tout ce qu'on peut savoir, avec le seul tableau, c'est si leur député travaille en séance, c'est tout. Cela doit être complété. Mais rien n'excuse un député de ne pas travailler en séance.

Un second mort au parti socialiste: Jack Lang

J'écrivais ici il y a peu que Lang ne serait pas candidat non plus si l'appareil le décidait, et se désisterait au coup de sifflet si l'on estimait chez l'éléphante avoir intérêt à sa présence au premier tour. C'est fait, il a renoncé. Royal a décidé qu'elle serait élue au premier tour au PS. Toujours pas d'explication sur le blog de l'équipe de Lang, qui doit avoir du mal à digérer ça. C'est ce qu'on appelle la démocratie socialiste, sans doute: Ségolène Royal, candidate de l'appareil, venait de lui demander de retourner à la niche, François Hollande et autres Rebsamen aussi, donc Lang l'a fait, dépendant d'eux d'ailleurs pour ses parrainnages. On lui fera tout plein de compliments demain au parti socialiste, avec l'hypocrisie habituelle, et il sera soudain tellement parfait qu'on se demandera un moment (paas trop longtemps) pourquoi c'est lui qui se retire.

Il reste trois candidats apparents aux militants du parti socialiste, dont deux auront le droit de ne surtout pas attaquer la troisième, et en aucun cas de sortir du rôle qui a été écrit pour eux. Déjà, à Lens ce n'était pas joyeux... et pour le vote du programme... et au Mans... Pour les "débats" à venir, ou plutôt les monologues parallèles bien encadrés, on veillera à ce qu'ils obéissent, Strauss-Kahn et Fabius. Pendant ce temps-là, Lang, qui vient de dire qu'il soutiendrait le candidat le plus "authentiquement révolutionnaire", c'est-à-dire sans doute Besancenot ou Laguiller, va avoir du mal à justifier son désistement pour un candidat non authentique et non révolutionnaire, quel qu'il soit au PS. D'ailleurs, Lang était-il authentiquement révolutionnaire lui-même? Décidément, le PS n'a plus aucun intérêt désormais. Vive la révolution civique.

De la part de Lang, il s'agit sans doute d'un signe d'une velléité de désistement pour Fabius dans ces deux mots. Comme le disait Roux, secrétaire aux élections, il vaut mieux qu'il ne se désiste pas pour Royal, et c'est donc ce que Lang, plus obéissant que Jospin, va faire. A moins que l'on ne lui demande de se désister pour Royal, en insistant à peine, auquel cas il le fera - sans doute en justifiant en long et en large qu'elle est authentiquement révolutionnaire, et qu'avec elle on passera de l'ombre à la lumière. Cette pantalonnade d'aujourd'hui est bien triste. Et la future fort probable le sera également.

Pauvres militants de PS... que leur reste-t-il d'autre que la révolte sans personne pour la porter?

Je ne me permettrais pas d'interpréter le geste de Stéphane Trano qui vient de fermer son blog sans explication. Mais je crois que je peux comprendre, dans cette situation-là, qu'un militant arrête de s'engager ou aille chercher ailleurs un endroit qui mérite cet engagement.

 

lundi, 02 octobre 2006

Une analyse de texte

Prélude

Une première remarque: ne vous attendez pas à de l'objectivité et de l'impartialité dans cet article, ou plutôt cette petite histoire (je préviens ceux qui n'aiment pas les histoires). Je serai partial. J'ai une excuse: je vais vous parler d'immigration.

Un bon mouvement

Lisant ce jour... personne n'est parfait... un article du Nouvel Obse